François Maspero 1932 - 2015

Photo du défunt
François Maspero ♂️
Né(e) le :
mardi 19 janvier 1932
Décédé(e) le :
samedi 11 avril 2015
Ville nais. :
16e arrondissement
Dép. nais. :
Paris
Pays nais. :
France
Ville décès :
11e arrondissement
Dép. de décès :
Paris
Pays de décès :
France
zodiaque :
Bélier
Age :
83 ans, 2 mois, 23 jours
Né(e) il y a :
94 ans, 23 jours
Décédé depuis :
10 ans, 10 mois

François Maspero, de son véritable nom complet François-Marie-Hubert Maspero, est né le 19 janvier 1932 à Paris. Issu d’une famille de grands intellectuels — son grand-père était l'éminent égyptologue Gaston Maspero —, son enfance est marquée par la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Son père, Henri Maspero, sinologue renommé, meurt en déportation à Buchenwald, tandis que sa mère survit à l'enfer de Ravensbrück. Ce traumatisme originel forgera chez lui un engagement indéfectible contre toutes les formes d'oppression et d'injustice sociale.

Il débute sa carrière au milieu des années 1950 en ouvrant la librairie "La Joie de lire" au cœur du Quartier latin, à Paris. Ce lieu devient rapidement bien plus qu'une simple boutique : c'est un carrefour de rencontres pour les intellectuels engagés, les étudiants et les militants anticolonialistes. Dans une atmosphère de bouillonnement intellectuel, Maspero y diffuse des textes souvent censurés, bravant les interdictions du pouvoir en place, notamment durant la guerre d'Algérie, ce qui lui vaudra de nombreuses pressions policières et administratives.

En 1959, il fonde sa propre maison d'édition, les Éditions Maspero. Son catalogue devient la référence mondiale du tiers-mondisme et de la pensée marxiste hétérodoxe. Il publie des auteurs majeurs tels que Frantz Fanon, Che Guevara ou encore Malcolm X. Par son travail éditorial, il donne une voix aux opprimés et aux mouvements de libération nationale à travers le globe. Ses publications lui attirent les foudres de l'État français, entraînant des saisies d'ouvrages, des amendes colossales et même des peines de prison avec sursis.

Au-delà de l'édition, il crée la revue "Partisans", qui analyse les luttes sociales et politiques du XXe siècle. Malgré son succès intellectuel, sa maison d'édition fait face à de graves difficultés financières à la fin des années 1970, en partie à cause du "pillage" militant pratiqué dans sa librairie par ceux qui considéraient que la culture devait être gratuite. En 1982, épuisé et endetté, il cède sa maison d’édition, qui deviendra par la suite les Éditions La Découverte, marquant la fin d'une époque pour l'engagement éditorial français.

Libéré des contraintes de la gestion, François Maspero entame alors une seconde vie consacrée à l'écriture et à la traduction. Il devient un romancier et un essayiste reconnu, explorant la mémoire, l'exil et les marges de la société. Parmi ses œuvres notables, "Les Passagers du Roissy-Express" témoigne de son regard empathique sur la banlieue parisienne, tandis que ses récits de voyage révèlent une plume d'une grande sensibilité poétique et humaine.

Il excelle également dans l'art de la traduction, permettant au public francophone de découvrir ou redécouvrir des auteurs étrangers de premier plan. Sa maîtrise des langues et sa finesse littéraire lui permettent de transposer avec justesse les voix de la littérature hispanique et anglo-saxonne. Cette activité prolonge son désir initial : faire circuler les idées et les mots par-delà les frontières géographiques et culturelles.

François Maspero s'éteint le 11 avril 2015 à Paris, à l'âge de 83 ans. Sa disparition est saluée par l'ensemble du monde de la culture comme la perte d'un "veilleur" et d'un insoumis magnifique qui n'a jamais sacrifié ses idéaux aux compromissions commerciales. Il laisse derrière lui un héritage intellectuel immense qui continue d'influencer les nouvelles générations d'éditeurs et d'écrivains engagés.

Conformément à ses dernières volontés, il est inhumé au cimetière du Montparnasse, à Paris, au sein de la 2e division. Sa sépulture se trouve dans le caveau familial où reposent également les membres de sa lignée savante. Ce lieu de repos, situé dans un quartier qu'il a tant fréquenté, marque la fin d'un parcours exceptionnel dédié à la liberté de penser et d'écrire.