Marie Joséphine Philippine Davaillaud, plus connue sous le nom de Marie Besnard, naît le 05 août 1896 à Saint-Pierre-de-Maillé, dans la Vienne. Issue d'un milieu rural modeste, elle grandit dans une France provinciale marquée par les traditions et le poids des apparences. Rien dans sa jeunesse ne laisse présager qu'elle deviendra l'héroïne de l'une des affaires judiciaires les plus retentissantes du XXe siècle.
Elle se marie une première fois en 1920 avec son cousin germain, Auguste Antigny. Le couple s'installe à Loudun, mais Auguste meurt quelques années plus tard, en 1927, officiellement d'une tuberculose. Devenue veuve, Marie se remarie en 1929 avec Léon Besnard. Ensemble, ils mènent une vie de propriétaires terriens apparemment prospère et sans histoire, accumulant un patrimoine non négligeable grâce à divers héritages familiaux.
Le destin de Marie bascule après le décès de Léon Besnard, survenu le 25 octobre 1947. Bien que le certificat de décès mentionne une urémie, des rumeurs commencent à circuler dans la petite ville de Loudun. On l'accuse d'entretenir une liaison avec un ancien prisonnier de guerre allemand et d'avoir précipité la fin de son mari. Sous la pression de ces commérages, une enquête est ouverte et le corps de Léon est exhumé.
Les premières analyses toxicologiques révèlent des doses massives d'arsenic dans les restes de son époux. L'enquête s'élargit alors de manière spectaculaire : la justice ordonne l'exhumation de douze autres membres de son entourage, dont ses propres parents, ses beaux-parents et son premier mari. Dans presque tous les cas, les experts de l'époque affirment retrouver des traces anormales d'arsenic, ce qui lui vaut le surnom de « l'Empoisonneuse de Loudun ».
Marie Besnard est arrêtée le 21 juillet 1949. Son premier procès s'ouvre à Poitiers en 1952 dans une atmosphère électrique. C'est le début d'une bataille juridique et scientifique sans précédent. Ses avocats, dont le célèbre Maître René Hayot, s'attaquent à la fiabilité des méthodes de dosage de l'arsenic, pointant du doigt les risques de contamination des corps par le sol des cimetières, naturellement riche en minéraux.
Face à l'incertitude des preuves scientifiques et aux contradictions des experts, l'affaire s'étire sur plus d'une décennie. Marie Besnard passe plusieurs années en détention provisoire avant d'être remise en liberté surveillée. Deux autres procès suivent, à Bordeaux, où la défense parvient à démontrer que les analyses initiales manquaient de rigueur et que la présence d'arsenic pouvait avoir des causes environnementales plutôt que criminelles.
Le 12 décembre 1961, après douze ans de procédure, Marie Besnard est définitivement acquittée par la cour d'assises de la Gironde au bénéfice du doute. Elle retourne vivre à Loudun, tentant de retrouver une existence paisible malgré la division persistante de l'opinion publique. Pour certains, elle restera à jamais une victime d'une erreur judiciaire évitée de justesse, tandis que pour d'autres, le mystère demeure entier.
Elle s'éteint le 14 février 1980 à l'âge de 83 ans à l'hôpital de Loudun, emportant ses secrets avec elle. Conformément à ses volontés, elle est inhumée au cimetière de Loudun, dans la Vienne, là même où la plupart des corps de ses proches avaient été exhumés des années auparavant. Sa tombe est toujours visible aujourd'hui dans ce cimetière communal.