André Marie Jean Postel-Vinay est né le 4 juin 1911 à Paris. Issu d'une famille de la haute bourgeoisie intellectuelle et technique, il s'oriente naturellement vers des études d'excellence. Diplômé de l'École libre des sciences politiques et docteur en droit, il commence sa carrière comme inspecteur des finances en 1938, peu avant que le destin de l'Europe ne bascule dans le chaos de la Seconde Guerre mondiale.
Mobilisé comme lieutenant d'artillerie en 1939, il participe aux combats de la campagne de France. Capturé par les forces allemandes en juin 1940, il parvient à s'évader avec une audace remarquable dès le mois d'août. De retour à Paris, refusant catégoriquement la défaite et l'armistice, il entre presque immédiatement en résistance, devenant l'un des premiers membres du réseau de renseignement SR Guerre.
Son engagement prend une dimension supérieure lorsqu'il rejoint le réseau "Patrie" et travaille en étroite collaboration avec la France Libre. En 1942, il est arrêté par la Gestapo à Paris. Torturé pendant des semaines, il fait preuve d'un courage héroïque en ne livrant aucun nom. Pour échapper à ses tortionnaires et protéger ses secrets, il tente de mettre fin à ses jours en se défenestrant, ce qui lui cause de graves blessures mais lui sauve paradoxalement la vie en retardant son exécution.
Déporté en 1943 vers le camp de concentration de Buchenwald, il survit à l'enfer du système concentrationnaire nazi grâce à une force morale hors du commun. À la Libération, il est rapatrié en France dans un état d'épuisement total. Son action exemplaire durant le conflit lui vaut d'être nommé Compagnon de la Libération par le général de Gaulle, une distinction qui souligne son rôle parmi les plus illustres défenseurs de la patrie.
Après la guerre, André Postel-Vinay entame une carrière de grand serviteur de l'État, marquée par une vision humaniste de l'économie. Il prend la direction de la Caisse centrale de la France d'outre-mer, qui deviendra plus tard l'Agence française de développement. Sous son impulsion, cette institution transforme radicalement son approche, passant d'une logique coloniale à une véritable politique de coopération et de développement pour les pays du Sud.
En 1974, il est appelé au gouvernement en tant que secrétaire d'État auprès du ministre du Travail, chargé des Travailleurs immigrés. Fidèle à ses convictions et à son intégrité, il démissionne avec fracas après seulement quelques mois. Ce geste rare en politique est motivé par son désaccord profond avec la politique du gouvernement de l'époque, qu'il juge insuffisamment protectrice des droits et de la dignité des travailleurs étrangers en France.
Il consacre la fin de sa vie à témoigner de l'histoire de la Résistance et à réfléchir sur les enjeux de la solidarité internationale. Homme de dossier et de conviction, il reste jusqu'au bout une conscience morale respectée, évitant les projecteurs pour se concentrer sur l'efficacité de l'action publique et la transmission des valeurs républicaines aux jeunes générations.
André Marie Jean Postel-Vinay s'éteint le 11 février 2007 à Paris, à l'âge de 95 ans. Ses obsèques sont célébrées avec les honneurs dus à son rang de Grand-Croix de la Légion d'honneur. Il est inhumé au cimetière de Passy, à Paris, dans la 15ème division, où il repose désormais. Sa sépulture demeure un lieu de mémoire pour ceux qui honorent l'esprit de la Résistance et le dévouement désintéressé à la chose publique.