Antoine Marie Joseph Paul Artaud, plus connu sous le nom d'Antonin Artaud, naît le 4 septembre 1896 à Marseille. Issu d'une famille bourgeoise d'origine grecque par sa mère, il manifeste dès son plus jeune âge une santé fragile et une sensibilité exacerbée. À l'âge de quatre ans, il est frappé par une méningite sévère qui marquera le début de douleurs physiques chroniques et de troubles nerveux profonds qui le hanteront toute sa vie, influençant radicalement sa vision du monde et de la création.
Son adolescence est marquée par des séjours répétés dans des maisons de santé, où il commence à écrire ses premiers poèmes. En 1920, il s'installe à Paris pour se consacrer au théâtre et à la littérature. Très vite, il rejoint le mouvement surréaliste mené par André Breton. Cependant, sa quête d'une vérité absolue et son refus de la politique militante provoquent une rupture violente avec le groupe en 1926. Artaud refuse les limites de la pensée logique et cherche à explorer les zones d'ombre de l'inconscient.
Acteur de talent, il tourne pour les plus grands cinéastes de son temps, incarnant notamment le moine Massieu dans La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer ou Marat dans le Napoléon d'Abel Gance. Mais pour lui, le cinéma n'est qu'un moyen de subsistance. Sa véritable obsession reste le théâtre, qu'il souhaite révolutionner en profondeur en fondant le Théâtre Alfred Jarry avec Roger Vitrac, cherchant à briser la barrière entre la scène et la salle.
C'est en 1935 qu'il théorise son concept le plus célèbre : le "Théâtre de la Cruauté". Il ne s'agit pas d'une cruauté sanglante, mais d'une rigueur implacable imposée au spectateur pour le réveiller de sa torpeur sociale. Il rejette la suprématie du texte au profit du langage du corps, des cris, des gestes et des sons incantatoires. Sa mise en scène des Cenci est un échec commercial, mais elle pose les bases d'une esthétique qui influencera tout le théâtre contemporain.
En quête de forces primitives et de rituels oubliés, Artaud part au Mexique en 1936 pour vivre chez les Indiens Tarahumaras. Il y participe aux rites du peyotl, espérant y trouver une guérison spirituelle et une reconnexion avec les forces du cosmos. Ce voyage renforce sa conviction que la civilisation occidentale est en décomposition, ayant perdu le contact avec le sacré et la réalité métaphysique du corps humain.
À son retour en France en 1937, son état mental se dégrade brutalement. Arrêté en Irlande après un voyage mystique, il est rapatrié et interné d'office. Il passera neuf ans dans différents hôpitaux psychiatriques, notamment à Quatremare puis à Rodez, sous le régime de Vichy. Durant ces années d'enfermement et de famine, il subit de nombreux électrochocs qui altèrent sa mémoire mais ne brisent pas sa créativité. Il produit alors des milliers de pages de dessins et de textes fiévreux, connus sous le nom de "Cahiers de Rodez".
Grâce à l'intervention de ses amis, il est libéré en 1946 et s'installe à la maison de santé d'Ivry-sur-Seine, où il dispose d'une relative liberté. Il y écrit ses œuvres les plus fulgurantes, dont Van Gogh le suicidé de la société. En 1947, il enregistre pour la radio une émission intitulée Pour en finir avec le jugement de Dieu, qui sera censurée la veille de sa diffusion prévue, provoquant un immense scandale dans le milieu intellectuel parisien.
Atteint d'un cancer du rectum, Antonin Artaud meurt le 4 mars 1948 à Paris. Il est retrouvé au pied de son lit, tenant encore sa chaussure, victime d'une surdose de chloral administrée pour calmer ses douleurs. Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre de Marseille, sa ville natale. Son héritage demeure celui d'un "insurgé de l'esprit" dont la parole continue de bousculer les frontières de l'art et de la psychiatrie.