Georges Albert Maurice Victor Bataille naît le 10 septembre 1897 à Billom, une petite commune située dans le département du Puy-de-Dôme. Grandissant au sein d'une famille marquée par la maladie de son père, il développe très tôt une sensibilité complexe, oscillant entre une éducation d'abord éloignée de la foi, une brève mais intense conversion au catholicisme durant sa jeunesse, puis un athéisme radical qui guidera toute son œuvre future. Ses études le mènent à l'École nationale des chartes où il obtient le diplôme d'archiviste-paléographe, une formation rigoureuse qui contraste singulièrement avec la subversion de ses écrits à venir.
Devenu conservateur à la Bibliothèque nationale de France, il mène une double vie intellectuelle en se plongeant dans la vie de bohème et les cercles d'avant-garde parisiens des années 1920 et 1930. Sous divers pseudonymes imposés par la censure ou la discrétion professionnelle, il commence à publier des récits érotiques et poétiques d'une noirceur absolue. Cette carrière de bibliothécaire, qu'il poursuivra plus tard à Orléans, lui offre un poste d'observation idéal pour disséquer l'histoire, la mythologie et les rituels humains les plus marginaux.
Son parcours croise inévitablement celui des surréalistes, mais ses relations avec André Breton s'avèrent tumultueuses et conflictuelles. Rejetant l'idéalisme du mouvement, il prône un "bas matérialisme" et fonde des revues influentes comme Documents ou Acéphale, ainsi qu'une société secrète du même nom. Il s'intéresse de près à ce qui dérange la raison bourgeoise : l'excès, la souillure, le sacrifice et la mort, jetant les bases d'une pensée de la transgression qui influencera profondément les philosophes de la seconde moitié du vingtième siècle.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, contraint au repos en raison d'une santé fragile, il rédige des essais philosophiques majeurs où il développe ses concepts sur l'expérience intérieure. Il examine les limites de la conscience humaine face à l'érotisme et au mysticisme, cherchant à atteindre un état de souveraineté par le dépouillement. C'est à cette époque qu'il commence à théoriser la notion de "part maudite", une approche économique et philosophique révolutionnaire axée sur la surabondance de l'énergie et la nécessité de sa dépense improductive.
Au lendemain de la guerre, sa position dans le paysage intellectuel français se consolide avec la création de la revue Critique en 1946, qu'il dirige jusqu'à la fin de ses jours. Ce support lui permet de dialoguer avec les plus grands esprits de son temps et de faire émerger de nouvelles voix critiques. Malgré des difficultés financières chroniques et une reconnaissance publique parfois tardive ou sulfureuse, il s'impose comme un passeur incontournable des théories de Nietzsche, Hegel et Sade en France.
La publication de ses ouvrages majeurs sur l'érotisme et la littérature dans les années 1950 achève de dessiner les contours d'une œuvre transdisciplinaire unique, mêlant anthropologie, sociologie, poésie et philosophie. Il y explore la transition de l'animal à l'homme à travers l'interdit et la transgression, affirmant que l'érotisme est l'approbation de la vie jusque dans la mort. Son style, à la fois poétique et d'une rigueur clinique, déroute autant qu'il fascine ses contemporains.
Atteint d'une maladie cérébrale dégénérative qui affaiblit considérablement ses dernières forces, il passe ses ultimes années dans une relative solitude matérielle, soutenu par ses proches et ses fidèles amis du monde des lettres. Il continue d'écrire et de penser les paradoxes de l'existence humaine jusqu'au bout, restant fidèle à sa quête d'absolu et de confrontation avec le néant.
Georges Albert Maurice Victor Bataille s'éteint à Paris le 9 juillet 1962, à l'âge de 64 ans. Son corps est ensuite transporté en Bourgogne, dans le département de l'Yonne, pour y recevoir les derniers hommages. Il est inhumé dans le petit cimetière de Vézelay, au pied de la célèbre colline inspirée, où sa sépulture d'une grande simplicité fait face au paysage vallonné qu'il affectionnait tant.