Georges Blondeaux, mondialement connu sous son pseudonyme de Gébé, naît le 9 juillet 1929 à Villeneuve-Saint-Georges, en région parisienne. Enfant d'un milieu modeste, il développe très tôt un goût prononcé pour le dessin et l'observation fine de la société qui l'entoure. Rien ne le prédestine pourtant immédiatement au monde des arts, puisqu'il commence sa vie professionnelle en tant que dessinateur industriel pour la Société nationale des chemins de fer français (SNCF).
Cette expérience technique va paradoxalement nourrir son imaginaire absurde et poétique, ainsi que la rigueur de ses futurs tracés. Au cours des années 1950, il décide de franchir le pas et de proposer ses premiers dessins d'humour à diverses publications de l'époque. Son style graphique épuré et son ton profondément philosophique et subversif retiennent rapidement l'attention des cercles artistiques parisiens.
Le grand tournant de sa carrière s'opère lorsqu'il rejoint l'équipe du journal Hara-Kiri, fondé par Georges Bernier et François Cavanna. Au sein de cette équipe d'iconoclastes, Georges Blondeaux trouve un espace de liberté totale pour exprimer son génie comique. Il devient l'un des piliers de ce mensuel, puis de la version hebdomadaire, imposant une marque indélébile faite d'humour noir, d'absurde et d'une tendresse infinie pour l'humain.
Il est l'esprit créatif derrière des œuvres majeures de la bande dessinée francophone, notamment avec la création du personnage de Berck ou la série de strips intitulée Il est cocu, le chef de gare. Sa vision du monde n'est jamais purement cynique ; elle est habitée par une mélancolie joyeuse et une critique féroce de la société de consommation, de la bureaucratie et de l'autorité sous toutes ses formes.
L'œuvre qui consacre définitivement sa vision utopiste et politique reste sans conteste L'An 01, publiée initialement au début des années 1970. Ce récit graphique, qui prône un arrêt total du système économique mondial pour réfléchir au sens de l'existence, rencontre un écho retentissant auprès de la jeunesse post-Mai 68. L'ouvrage est ensuite adapté au cinéma, confirmant l'impact de sa pensée sur la culture de son époque.
Par la suite, Georges Blondeaux participe activement à la création et au développement de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, dont il devient le rédacteur en chef à la fin des années 1990. Sous sa direction, le journal conserve son esprit frondeur tout en s'ouvrant à de nouvelles plumes. Il y transmet son exigence intellectuelle et son refus absolu du dogmatisme, restant un mentor bienveillant pour la nouvelle génération de caricaturistes.
Homme aux multiples talents, il s'illustre également dans l'écriture de chansons, de pièces de théâtre et de chroniques radiophoniques. Sa créativité débordante ne s'est jamais tarie, guidée par une curiosité insatiable pour les mécanismes de l'esprit humain et une recherche constante de poésie dans le quotidien le plus banal.
Georges Blondeaux s'éteint le 5 avril 2004 à Champcueil, en Seine-et-Oise, à l'âge de 74 ans, emporté par un cancer. Sa disparition laisse un grand vide dans le monde de la presse satirique et du dessin d'humour. Fidèle à sa discrétion et à sa simplicité, il est inhumé au cimetière de Nonville, une petite commune de Seine-et-Marne, où il repose désormais dans la sobriété qui caractérisait l'homme derrière le pseudonyme de Gébé.