Georges Edmond Raoul Dumézil voit le jour le 4 mars 1898 à Paris. Fils d'un général de division passionné de langues anciennes, il manifeste dès son plus jeune âge des aptitudes exceptionnelles pour la linguistique. Après avoir suivi ses études au prestigieux lycée Louis-le-Grand, il intègre l'École normale supérieure en 1916. Son parcours académique est cependant marqué par les soubresauts de l'histoire, l'obligeant à interrompre ses recherches pour servir durant la Première Guerre mondiale.
Après le conflit, il se consacre à l'étude des mythologies comparées et des langues indo-européennes. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1924, porte sur le festin d'immortalité, jetant les bases de ce qui deviendra l'œuvre de sa vie. Malgré un talent évident, il connaît un début de carrière nomade, enseignant à l'université d'Istanbul, à Uppsala en Suède, puis à Varsovie. Ces séjours à l'étranger lui permettent d'approfondir sa connaissance du Caucase et de ses langues, notamment l'oubykh, dont il deviendra l'un des derniers grands spécialistes mondiaux.
C’est à travers l'étude minutieuse des textes védiques, romains et scandinaves qu'il formule sa théorie la plus célèbre : la "tripartition fonctionnelle". Il démontre que les sociétés indo-européennes archaïques organisaient leur vision du monde et leur structure sociale autour de trois fonctions essentielles. La première concerne la souveraineté magique et juridique, la deuxième la force guerrière, et la troisième la fécondité, la production et la prospérité. Cette grille de lecture révolutionne la compréhension des panthéons antiques.
En 1949, la consécration arrive avec son élection au Collège de France, où il occupe la chaire de "Civilisation indo-européenne". Ses cours deviennent des rendez-vous incontournables pour les chercheurs en sciences humaines. Il y affine ses analyses sur la structure des mythes, influençant profondément le courant structuraliste et des penseurs majeurs tels que Claude Lévi-Strauss ou Michel Foucault. Son érudition, qui embrasse des dizaines de langues, lui permet de repérer des correspondances là où d'autres ne voyaient que des récits isolés.
Homme de cabinet mais aussi de terrain, il n'a de cesse de collecter les traditions orales des peuples du Caucase. Il sauve ainsi de l'oubli une partie du patrimoine mythologique des Nartes. Son œuvre, immense, se compose de dizaines d'ouvrages dont les séries "Jupiter Mars Quirinus" et "Mythe et Épopée", qui restent des références absolues en mythologie comparée. Son style d'écriture, à la fois précis et élégant, rend ses recherches accessibles au-delà du cercle restreint des spécialistes.
Il est élu à l'Académie française le 26 octobre 1978, succédant à Jacques Chastenet. Jusqu'à la fin de sa vie, il conserve une curiosité intellectuelle intacte, continuant de questionner les textes et les structures de pensée de l'humanité. Il s'éteint le 11 octobre 1986 à Paris, à l'âge de 88 ans, laissant derrière lui une discipline transformée par sa rigueur scientifique et son génie de la synthèse.
Georges Edmond Raoul Dumézil repose aujourd'hui au cimetière d'Ennery, une petite commune située dans le département du Val-d'Oise, en France. Sa sépulture est à l'image de sa vie : sobre et tournée vers l'histoire. Ce lieu de recueillement rappelle le lien profond qu'il entretenait avec la terre et les racines culturelles de l'Europe qu'il a si longuement étudiées.
Sa disparition a marqué la fin d'une époque pour la linguistique et l'histoire des religions, mais ses théories continuent de nourrir les débats intellectuels contemporains. Les chercheurs actuels s'appuient toujours sur ses travaux pour explorer les racines communes des civilisations anciennes, prouvant que son héritage dépasse largement les frontières du XXe siècle.