Colette Magny naît le 31 octobre 1926 dans le 4e arrondissement de Paris. Issue d'un milieu relativement aisé, elle s'oriente d'abord vers une carrière tout à fait classique de secrétaire bilingue pour l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ce n'est qu'à l'approche de la trentaine, en autodidacte passionnée, qu'elle commence à chanter et à composer, inspirée par le blues et le jazz afro-américains qui la fascinent profondément.
Son entrée dans le monde de la musique se fait remarquer au début des années 1960, notamment grâce à son passage à l'émission télévisée Le Petit Conservatoire de Mireille. Dotée d'une voix de contralto puissante, sombre et habitée, elle décroche son premier grand succès en 1963 avec la chanson Melocoton. Ce titre lui apporte une notoriété immédiate et la propulse sur le devant de la scène culturelle parisienne, notamment à l'Olympia.
Cependant, elle refuse rapidement de se plier aux exigences du show-business et de l'industrie du disque de l'époque. Colette Magny choisit délibérément de mettre son art au service de ses convictions politiques et sociales. Elle devient une figure incontournable de la chanson engagée en France, abordant de front dans ses textes des sujets brûlants comme la guerre d'Algérie, la guerre du Viêt Nam, la condition ouvrière et les luttes anticoloniales.
Durant les événements de Mai 68, elle se range activement du côté des étudiants et des travailleurs en grève. Elle délaisse les grandes salles traditionnelles pour aller chanter directement dans les usines occupées, les universités et les manifestations. C'est durant cette période tumultueuse qu'elle compose et interprète des morceaux percutants comme Nous sommes le pouvoir, devenant ainsi l'une des voix les plus marquantes de la contestation sociale.
Son style musical évolue vers une liberté totale, rompant définitivement avec les structures classiques de la variété. Expérimentale et audacieuse, elle intègre à ses œuvres de la musique contemporaine, des collages sonores, du free jazz et de la poésie parlée. Elle met en musique les textes de grands auteurs et poètes tels que Victor Hugo, Antonin Artaud, Arthur Rimbaud ou encore Pablo Neruda, affirmant ainsi sa singularité artistique unique.
Les dernières décennies de sa vie sont marquées par des problèmes de santé chroniques qui limitent progressivement ses apparitions publiques. Malgré la maladie et un certain isolement médiatique dû à ses positions radicales, elle continue de créer et de s'engager auprès des laissés-pour-compte, enregistrant des albums conceptuels et collaborant avec des associations d'enfants handicapés.
Elle décide de quitter la frénésie parisienne pour se retirer dans le Sud-Ouest de la France, s'installant dans une petite commune du Tarn-et-Garonne. C'est dans ce havre de paix qu'elle passe ses dernières années, respectée par une communauté d'artistes et de militants qui continuent de voir en elle un modèle d'intégrité et de refus des compromis commerciaux.
Colette Magny s'éteint le 12 juin 1997 à Villefranche-de-Rouergue, dans l'Aveyron, à l'âge de 70 ans. Elle laisse derrière elle une œuvre dense, sans concession et profondément humaine. Son corps est inhumé au cimetière de Villebrumier, la commune du Tarn-et-Garonne où elle résidait, scellant ainsi son ancrage dans cette terre occitane qui l'avait adoptée pour ses derniers instants.