Yılmaz Pütün, mondialement connu sous le pseudonyme de Yılmaz Güney, naît le 1er avril 1937 à Yenice, un petit village près d'Adana, en Turquie. Issu d'une famille de travailleurs saisonniers kurdes, ses origines modestes et les difficultés sociales de son enfance forgent très tôt sa conscience politique et son désir de témoigner des injustices frappant les classes populaires anatoliennes.
Ses débuts dans le monde du cinéma se font à la fin des années 1950, d'abord comme scénariste et assistant pour le réalisateur Atıf Yılmaz. Très vite, son charisme et son visage marqué lui permettent de passer devant la caméra, où il incarne souvent des personnages de justiciers solitaires ou de marginaux luttant contre un système oppressif, ce qui lui vaut le surnom affectueux de « Çirkin Kral » (le Roi Enlaid) de la part du public turc.
Au-delà de son statut de star du grand écran, il s'impose comme un auteur complet en passant à la réalisation. Son œuvre opère un tournant majeur avec le film Umut (L'Espoir) en 1970, marquant la naissance d'un cinéma réaliste et engagé en Turquie. À travers ses films, il délaisse les codes classiques de "Yeşilçam" (le Hollywood turc) pour explorer les structures féodales, la pauvreté rurale et la répression politique.
Sa vie est marquée par une confrontation permanente avec les autorités de son pays. En raison de ses écrits et de ses positions politiques marxistes-léninistes, il passe de nombreuses années en prison. C’est pourtant depuis sa cellule qu’il continue de créer, rédigeant des scénarios extrêmement précis et dirigeant ses films par procuration via des instructions détaillées transmises à ses assistants.
Le sommet de sa reconnaissance internationale survient en 1982 avec le film Yol (Le Chemin). Bien qu'il soit officiellement incarcéré au moment du tournage, il parvient à s'évader de prison en 1981 lors d'une permission et rejoint la France. Le film, qu'il monte en exil, reçoit la Palme d'or au Festival de Cannes, ex æquo avec Missing de Costa-Gavras, propulsant la cause kurde et la réalité sociale turque sur le devant de la scène mondiale.
Une fois installé en France, il fonde l'Institut kurde de Paris et réalise son dernier film, Le Mur (Duvar), une œuvre sombre et puissante dénonçant les conditions de détention des enfants dans les prisons turques. Sa santé décline toutefois rapidement durant ses années d'exil, affaiblie par les dures années de privation de liberté et les épreuves physiques qu'il a endurées tout au long de sa carrière.
Yılmaz Pütün s'éteint le 9 septembre 1984 à Paris, des suites d'un cancer de l'estomac, à l'âge de 47 ans. Sa disparition provoque une immense émotion tant au sein de la diaspora kurde qu'auprès des cinéphiles du monde entier, laissant derrière lui un héritage cinématographique qui continue d'influencer des générations de réalisateurs engagés.
Il repose aujourd'hui au cimetière du Père-Lachaise à Paris, dans la 62e division. Sa sépulture est devenue un lieu de recueillement symbolique pour ceux qui voient en lui non seulement un maître du septième art, mais aussi une icône de la résistance culturelle et de la lutte pour la liberté d'expression.