Marie-Mélanie-Laurencin naît le 31 octobre 1883 dans le 10e arrondissement de Paris. Enfant naturelle, elle grandit sous l'influence exclusive d'une mère brodeuse, une femme réservée et sévère qui l'élève dans un univers feutré. Très tôt, la jeune fille montre des dispositions artistiques évidentes, s'essayant d'abord à la peinture sur porcelaine avant de s'inscrire à l'Académie Humbert pour y étudier le dessin de manière plus académique.
C’est au début des années 1900 que sa trajectoire artistique bascule lorsqu'elle rencontre Georges Braque. Ce dernier l'introduit auprès de la bande du Bateau-Lavoir à Montmartre, où elle fait la connaissance de Pablo Picasso et du poète Guillaume Apollinaire. Elle devient la muse et la compagne d'Apollinaire durant plusieurs années, incarnant une figure féminine centrale au cœur de cette effervescence intellectuelle et artistique qui donne naissance au cubisme.
Bien qu'elle évolue au milieu des peintres cubistes, elle refuse de se plier à la rigueur géométrique de leurs théories. Elle développe un style pictural unique et immédiatement reconnaissable, caractérisé par des formes fluides, des visages éthérés aux yeux noirs et une palette de couleurs pastel dominée par les gris, les roses et les bleus. Son univers poétique et mélancolique dépeint un monde essentiellement féminin, peuplé de jeunes femmes, de biches et d'animaux gracieux.
La Première Guerre mondiale bouleverse tragiquement sa vie personnelle et sa carrière naissante. Ayant épousé le baron allemand Otto von Wätjen en 1914, elle perd la nationalité française et se voit contrainte à l'exil en Espagne puis en Suisse, son statut d'épouse d'un ressortissant ennemi rendant sa présence impossible sur le sol français. Cet exil douloureux, marqué par l'isolement et la rupture définitive avec Apollinaire, teinte ses œuvres d'une nostalgie encore plus profonde.
De retour à Paris après son divorce au début des années 1920, elle connaît un immense succès commercial et critique. Elle devient la portraitiste incontournable de la haute société parisienne des Années folles, immortalisant les figures de l'époque avec sa touche fluide et élégante. Parallèlement à la peinture, elle diversifie ses talents en créant des décors et des costumes pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev, notamment pour le ballet Les Biches qui consacre sa notoriété.
Durant les décennies suivantes, elle continue de travailler sans relâche, illustrant également de nombreux ouvrages littéraires d'auteurs prestigieux. Malgré les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale et l'occupation, elle parvient à préserver son indépendance artistique et son style, restant fidèle à son esthétique féerique et en marge des grands mouvements d'avant-garde qui transforment le monde de l'art après-guerre.
À la fin de sa vie, elle s'isole de plus en plus dans son appartement parisien, entourée de ses souvenirs et de sa gouvernante, qu'elle finit par adopter officiellement pour en faire son héritière. Malgré une santé déclinante, elle continue de peindre et de dessiner presque jusqu'à son dernier souffle, laissant derrière elle une œuvre colossale qui aura marqué de son empreinte singulière l'histoire de l'art moderne français.
Marie Laurencin s'éteint subitement d'un arrêt cardiaque le 8 juin 1956 à son domicile parisien, à l'âge de 72 ans. Elle est inhumée au célèbre cimetière du Père-Lachaise, situé dans le 20e arrondissement de Paris. Fidèle à son image de romantique éternelle, elle repose dans sa sépulture vêtue d'une robe blanche, tenant une rose dans une main et une lettre d'amour de Guillaume Apollinaire posée sur son cœur.