Lucien Jennes vient au monde à Alfortville le 24 août 1918, dans une famille modeste où son père, cheminot et passionné de théâtre amateur, transmet très tôt à son fils le goût de la scène. Enfant, il grandit principalement chez sa grand‑mère, qui lui fait découvrir les chansons populaires et l’univers des spectacles parisiens. Cette atmosphère artistique forge son sens du rythme, de la diction et de la présence scénique, qualités qui deviendront sa signature.
Durant son adolescence, il joue dans les pièces montées par son père, interprétant Feydeau, Labiche ou Courteline. Ces premières expériences lui donnent une aisance naturelle devant le public. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est fait prisonnier et envoyé au Stalag VII A, en Allemagne. Là, il met son talent au service des codétenus en organisant des représentations théâtrales, un moyen de préserver un peu d’humanité dans un quotidien difficile.
À son retour, il tente sa chance dans le cinéma et le cabaret. On le voit dans Madame et son flirt ou Après l’amour, et il enregistre en 1948 la chanson C’est si bon avec l’orchestre d’Émile Prud’homme. Il se produit ensuite dans de nombreuses salles parisiennes, des Folies‑Bergère à Bobino, où son charme et sa voix douce séduisent le public.
Dans les années 1950, il rejoint Radio Luxembourg et anime Le Rêve de votre vie, une émission qui confirme son talent de conteur et de meneur de jeu. Sa carrière prend un tournant décisif en 1965 lorsqu’il est choisi pour présenter Le Jeu des mille francs sur France Inter. Sa voix chaleureuse, son phrasé impeccable et ses rituels — « Chers amis, bonjour ! » et « À demain, si vous le voulez bien ! » — deviennent cultes. Pendant trente ans, il incarne l’émission, enregistrant près de 10 000 numéros.
Il sillonne la France sous le chapiteau du cirque Pinder, devenant une figure familière des villages et des villes où l’émission se déplace. Son élégance, sa bienveillance et son humour discret marquent plusieurs générations d’auditeurs. Même après la fin de l’émission en 1995, il reste associé à cette voix rassurante qui accompagnait les déjeuners des Français.
À la retraite, il se fait plus discret, acceptant quelques publicités mais profitant surtout d’une vie plus calme. Il s’éteint le 4 mai 2008 au Sénégal, à l’âge de 89 ans. Sa dépouille est rapatriée en France et il est inhumé au columbarium du cimetière d’Alfortville, sa ville natale, où repose désormais l’une des voix les plus emblématiques de la radio française.