Née Marguerite-Angèle-Marie Monnot le 28 mai 1903 à Decize, dans la Nièvre, celle qui deviendra l'une des plus grandes compositrices françaises grandit dans un univers profondément musical. Fille d'un organiste et d'une institutrice, elle baigne dès son plus jeune âge dans les partitions classiques et montre des dispositions exceptionnelles pour le piano, étant rapidement considérée comme une enfant prodige.
Malgré des débuts prometteurs dans la musique classique et des études prestigieuses auprès de grands maîtres parisiens, elle choisit au milieu des années 1930 de bifurquer vers la chanson populaire. Ce virage audacieux se révèle être une révélation, sa rigueur classique lui permettant de construire des mélodies d'une efficacité et d'une force dramatique rares pour l'époque.
Sa trajectoire artistique change radicalement lorsqu'elle croise la route d'Édith Piaf, une rencontre qui scelle l'un des duos de création les plus fusionnels de l'histoire de la musique française. Pendant plus de vingt ans, Marguerite Monnot devient la compositrice attitrée et l'amie intime de l'icône de la chanson, comprenant mieux que personne comment sublimer cette voix unique à travers des mélodies bouleversantes.
De cette collaboration légendaire naissent des chefs-d'œuvre absolus qui feront le tour du monde et entreront définitivement dans la mémoire collective. C'est à son génie mélodique que l'on doit des compositions immortelles telles que L'Hymne à l'amour, Milord, La Goualante du pauvre Jean ou encore Mon légionnaire, des titres qui continuent de résonner à travers les générations.
Au-delà de son travail exclusif pour les interprètes réalistes, elle s'illustre également avec un immense succès dans le domaine de la comédie musicale. En 1956, elle compose la musique d' Irma la douce, un spectacle qui triomphe d'abord à Paris avant de conquérir les scènes de Londres et de Broadway, prouvant que son talent dépassait largement les frontières de la chanson de cabaret.
Discrète, travaillant souvent dans l'ombre des projecteurs et des interprètes flamboyants qu'elle servait, Marguerite Monnot mène une vie entièrement dévouée à son art. Sa capacité à traduire les passions humaines, la misère, l'amour et la rue en quelques notes de musique fait d'elle une figure pionnière et respectée dans un milieu de la composition alors très largement masculin.
La musicienne s'éteint prématurément le 12 octobre 1961 à Paris, à l'âge de 58 ans, emportée par une crise d'appendicite qui s'est tragiquement compliquée. Sa mort soudaine laisse le monde de la chanson et son amie de toujours, Édith Piaf, dans un profond désarroi, privant le patrimoine culturel français d'une source d'inspiration majeure.
Elle repose désormais au cimetière de Decize, sa commune natale de la Nièvre, où elle a été inhumée selon ses souhaits. Sa sépulture demeure le témoignage discret de l'existence d'une femme de l'ombre dont les mélodies universelles continuent pourtant de faire vibrer le monde entier.