Guy Bedos voit le jour le 15 juin 1934 à Alger, en Algérie, alors département français. Élevé dans un contexte familial complexe et marqué par les tensions d'un empire colonial en fin de cycle, le jeune homme quitte sa terre natale pour Paris au début des années 1950. C'est dans la capitale qu'il se découvre une passion dévorante pour le théâtre, s'inscrivant aux cours de l'école de la rue Blanche pour y apprendre les rudiments du métier de comédien.
Ses débuts sur les planches et au cabaret sont difficiles, mais sa rencontre artistique et amoureuse avec Sophie Daumier au début des années 1960 va faire basculer sa carrière. Ensemble, ils forment un duo d'humoristes mythique qui décortique avec une ironie féroce les travers de la société française de l'époque. Leurs sketchs, notamment celui de La Drague, deviennent de véritables phénomènes populaires et imposent son style unique fait de nervosité et de lucidité.
Après la fin de leur collaboration et de leur union, il choisit de se lancer seul en scène, affirmant un ton de plus en plus politique et engagé. Il se définit lui-même comme un "revuiste", utilisant l'actualité politique comme matière première pour ses spectacles. Personnalité de gauche assumée et sans concession, il égratigne les dirigeants de tous bords avec une virulence joyeuse, s'attirant autant de fervents admirateurs que de détracteurs tenaces.
Parallèlement à sa carrière d'humoriste, le cinéma lui offre des rôles marquants qui révèlent une facette plus tendre et mélancolique de son talent. Sa collaboration avec le réalisateur Yves Robert donne naissance au dyptique culte Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis. Son personnage de Simon, médecin hypocondriaque couvé par une mère omniprésente, marque profondément les spectateurs et s'inscrit durablement dans l'histoire de la comédie française.
Artiste complet, il ne cesse de naviguer entre le grand écran, les planches du théâtre classique et les scènes de music-hall où ses One-Man-Shows font régulièrement salle comble. Écrivain à ses heures, il publie plusieurs ouvrages autobiographiques et des recueils de chroniques où sa plume se montre aussi acérée que sa parole. Sa verve et son indignation permanente en font un invité incontournable des plateaux de télévision pendant plusieurs décennies.
En 2013, conscient de l'usure du temps et soucieux de ne pas faire le spectacle de trop, il effectue une grande tournée d'adieu qui s'achève symboliquement sur la scène de l'Olympia. Bien qu'officiellement retiré des planches, il continue de faire entendre sa voix lors de grands débats sociétaux, restant fidèle jusqu'au bout à ses combats contre le racisme, pour les droits de l'homme et pour le droit de mourir dans la dignité.
Le grand humoriste s'éteint le 28 mai 2020 à Paris, à l'âge de 85 ans, des suites d'une longue maladie. L'annonce de sa disparition suscite une immense vague d'émotion au sein du monde culturel et politique français, de nombreux hommages saluant la cohérence de ses engagements et son courage intellectuel, même face aux polémiques qu'il aimait tant susciter.
Ses obsèques mémorables sont célébrées en l'église Saint-Germain-des-Prés, un quartier parisien qu'il a tant affectionné et animé de sa présence. Conformément à ses souhaits les plus chers, Guy Bedos est inhumé au cimetière de Lumio, en Haute-Corse. C'est dans ce village de Balagne, sa terre d'adoption et son havre de paix face à la mer Méditerranée, qu'il repose désormais pour l'éternité.