Michel Piccoli, de son nom complet Jacques Daniel Michel Piccoli, est né le 27 décembre 1925 à Paris. Issu d'une famille d'artistes — sa mère, Marcelle Expert-Piccoli, était pianiste et son père, Henri Piccoli, violoniste —, il baigne très tôt dans un milieu propice à l'éveil artistique, bien qu'il n'ait pas immédiatement envisagé la comédie comme carrière. Il se forme au métier d'acteur au Cours Simon, et fait ses débuts sur scène et à l'écran à la fin des années 1940.
Son physique singulier, son regard perçant et son aisance à incarner des personnages complexes et souvent ambigus lui valent rapidement l'attention des réalisateurs. Bien qu'il ait commencé sa carrière dans des rôles de second plan, il accède à la reconnaissance internationale au cours des années 1960. Cette décennie marque le début d'une collaboration fructueuse avec certains des plus grands noms du cinéma européen.
C'est notamment sa rencontre avec le réalisateur Luis Buñuel qui propulse sa carrière. Il devient l'un des acteurs fétiches du cinéaste, tournant sous sa direction dans des œuvres majeures telles que Le Journal d'une femme de chambre (1964), Belle de jour (1967), et surtout Le Charme discret de la bourgeoisie (1972), film emblématique qui remporte l'Oscar du meilleur film étranger. Ces rôles lui permettent d'exprimer toute la palette de son jeu, naviguant entre le charme bourgeois et une certaine noirceur psychologique.
Dans la même période, il collabore étroitement avec Claude Sautet, participant à une série de films qui définissent un certain cinéma français de l'époque, notamment Les Choses de la vie (1970) et Max et les Ferrailleurs (1971). Ces films le consacrent comme l'interprète idéal des drames intimes et des crises existentielles de l'homme moderne. Il tourne également avec Marco Ferreri dans le très controversé La Grande Bouffe (1973), une satire féroce de la société de consommation qui fait scandale au Festival de Cannes mais devient culte.
Tout au long de sa carrière, qui s'étend sur plus de soixante-dix ans, Michel Piccoli fait preuve d'une éclectisme remarquable. Il travaille avec des réalisateurs de la Nouvelle Vague comme Jean-Luc Godard (Le Mépris, 1963, aux côtés de Brigitte Bardot) et Jacques Demy, mais aussi avec des cinéastes contemporains comme Nanni Moretti (Habemus Papam, 2011). Cette capacité à se renouveler et à s'adapter à des univers très différents témoigne de sa curiosité intellectuelle et de son engagement envers son art.
Outre le cinéma, il est également un homme de théâtre accompli, jouant et mettant en scène des pièces d'auteurs classiques et modernes. Son engagement personnel se manifeste aussi dans ses prises de position politiques, notamment en faveur des droits de l'homme et de la cause palestinienne, ce qui ajoute une dimension citoyenne à sa personnalité publique.
Il est honoré par de nombreuses récompenses tout au long de sa vie, notamment un Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes pour Salto nel vuoto (Le Saut dans le vide, 1980) de Marco Bellocchio, et un Ours d'argent du meilleur acteur à la Berlinale pour Une étrange affaire (1981) de Pierre Granier-Deferre. Sa longévité et sa filmographie pléthorique (plus de 200 films) font de lui une figure incontournable du cinéma français et européen.
Michel Piccoli s'est éteint le 12 mai 2020 à l'âge de 94 ans. Il est décédé des suites d'un accident cérébral. Il est inhumé dans l'intimité familiale dans le cimetière de Saint-Philbert-sur-Risle, dans le département de l'Eure, en Normandie, où il résidait.