Mary Isabel Catherine Bernadette O'Brien, que le monde entier connaîtra plus tard sous le nom de Dusty Springfield, naît le 16 avril 1939 à West Hampstead, Londres. Issue d'une famille d'origine irlandaise passionnée de musique, elle grandit dans une atmosphère où le jazz et le blues occupent une place centrale. Dès son plus jeune âge, elle développe une oreille absolue et une exigence perfectionniste qui marqueront toute sa carrière.
Elle commence sa trajectoire professionnelle au sein du groupe vocal The Lana Sisters, mais c’est véritablement avec The Springfields, trio formé avec son frère Tom, qu'elle goûte au succès au début des années 1960. C'est durant cette période qu'elle adopte son pseudonyme définitif, inspiré de son habitude de jouer au football avec des garçons dans les parcs (« Dusty » signifiant poussiéreux). Le groupe devient l'un des plus populaires du Royaume-Uni, ouvrant la voie à ses ambitions en solo.
En 1963, elle lance sa carrière individuelle et s'impose immédiatement comme la figure de proue du "Blue-eyed soul". Sa voix puissante, empreinte d'une mélancolie profonde et d'un contrôle technique exceptionnel, lui permet de rivaliser avec les grandes chanteuses de la Motown qu'elle admire tant. Elle devient rapidement une icône de mode avec ses perruques imposantes et son maquillage "panda eye", définissant l'esthétique du Swinging London.
Passionnée par la musique soul américaine, elle joue un rôle crucial dans l'introduction de ce genre en Europe. Elle utilise sa notoriété pour promouvoir des artistes noirs américains, allant jusqu'à organiser des émissions spéciales pour présenter le son de Detroit au public britannique. Son engagement artistique ne connaît aucune frontière, et elle n'hésite pas à s'impliquer personnellement dans la production et les arrangements de ses titres, une rareté pour une femme à cette époque.
Le sommet de sa reconnaissance artistique arrive en 1969 avec l'enregistrement d'un album mythique à Memphis. Ce projet, devenu un classique absolu, capture l'essence de son talent : une vulnérabilité brute mêlée à une sophistication orchestrale. Malgré les éloges de la critique, cette période est marquée par des doutes personnels et une lutte constante avec la pression de l'industrie, ce qui l'amène à s'installer aux États-Unis pour s'éloigner des projecteurs londoniens.
Les années 1970 et le début des années 1980 sont plus tumultueux, marqués par des périodes d'absence et des difficultés personnelles. Cependant, sa carrière connaît un second souffle spectaculaire à la fin des années 1980 grâce à une collaboration avec le duo Pet Shop Boys. Ce retour en grâce prouve que son timbre unique n'a rien perdu de sa force et qu'il peut s'adapter aux sonorités synthétiques modernes tout en restant intemporel.
Malheureusement, au milieu des années 1990, on lui diagnostique un cancer du sein. Elle affronte la maladie avec une grande dignité, continuant à enregistrer de la musique tant que ses forces le lui permettent. Elle s'éteint le 2 mars 1999 à Henley-on-Thames, quelques jours seulement avant d'être officiellement intronisée au Rock and Roll Hall of Fame, une distinction qui vient couronner une vie dédiée à l'excellence vocale.
Conformément à ses dernières volontés, Dusty Springfield a été incinérée. Ses cendres ont été divisées : une partie a été dispersée dans les falaises de Moher en Irlande, un lieu qui lui était cher. L'autre partie a été inhumée dans le cimetière de l'église St Mary the Virgin à Henley-on-Thames, en Angleterre. Une stèle commémorative y est installée, attirant encore aujourd'hui de nombreux admirateurs venus rendre hommage à celle qui restera à jamais la "Reine du White Soul".