Gilles Gaston Grangier est né le 5 mai 1911 à Paris. Issu d'un milieu modeste, il s'intéresse très tôt au monde du spectacle et commence sa carrière dans le cinéma au début des années 1930. Il gravit tous les échelons de l'industrie, débutant comme figurant puis devenant assistant-régisseur et enfin assistant-réalisateur pour des cinéastes établis.
Son véritable envol professionnel a lieu durant la Seconde Guerre mondiale. Après avoir été mobilisé puis fait prisonnier, il est libéré en 1942. C’est à cette période qu’il se voit confier la réalisation de son premier film, "Adémaï bandit d'honneur" (1943), suite au désistement du réalisateur initial. Ce premier essai marque le début d'une carrière prolifique dédiée au cinéma populaire français.
Le réalisateur devient rapidement une figure incontournable du "cinéma de papa", un style narratif classique et efficace qui privilégie le jeu des acteurs et la clarté du récit. Il collabore avec les plus grandes stars de l'époque, notamment Fernandel, avec qui il tourne plusieurs succès, et Bourvil. Son sens du dialogue et son efficacité technique font de lui un artisan très respecté par les studios.
La rencontre la plus marquante de sa vie professionnelle reste celle avec Jean Gabin. Entre 1953 et 1969, les deux hommes tournent ensemble douze longs-métrages. Cette collaboration donne naissance à des classiques du cinéma français comme "Gas-oil", "Le Désordre et la Nuit" ou encore "Archimède le clochard". Une amitié profonde et sincère lie le réalisateur à la star, Grangier étant souvent considéré comme le cinéaste préféré de Gabin.
En dehors du registre policier et dramatique, il s'illustre également dans la comédie, notamment avec "La Cuisine au beurre" (1963). Ce film est resté célèbre pour avoir réuni à l'écran les deux géants qu'étaient Fernandel et Bourvil. Le succès est immense et confirme la capacité de Grangier à diriger des personnalités fortes tout en captant l'intérêt d'un très large public.
À partir des années 1970, alors que les goûts du public évoluent et que la Nouvelle Vague a transformé le paysage cinématographique, il se tourne vers la télévision. Il y réalise des séries historiques et des feuilletons à succès tels que "Quentin Durward" ou "Les Mohicans de Paris". Sa rigueur et son expérience lui permettent de s'adapter parfaitement à ce nouveau format de diffusion.
Gilles Grangier s'éteint le 27 avril 1996 à Suresnes, à l'âge de 84 ans. Il laisse derrière lui une œuvre imposante de plus de cinquante films qui constituent un témoignage précieux sur la société française du milieu du XXe siècle. Longtemps boudé par une partie de la critique pour son classicisme, son travail a fait l'objet d'une réhabilitation tardive, saluant son immense savoir-faire technique.
Le cinéaste est inhumé au cimetière de Meulan, dans le département des Yvelines. Sa sépulture reste un lieu de passage pour les cinéphiles attachés à cette époque dorée du cinéma français, marquée par des dialogues savoureux et une mise en scène au service de l'émotion et du divertissement.