Huguette Oligny, dont le nom complet à la naissance était Marie-Geneviève-Huguette Oligny, est née le 31 janvier 1922 à Montréal. Issue d’un milieu modeste, elle manifeste très tôt un tempérament artistique et une sensibilité qui la porteront vers les planches. Son enfance, bercée par l'effervescence culturelle de la métropole québécoise de l'entre-deux-guerres, forge son caractère et sa détermination à faire du théâtre sa vocation première, malgré les conventions de l'époque qui ne favorisaient pas toujours les carrières féminines dans les arts de la scène.
Sa carrière débute véritablement à la fin des années 1930, où elle fait ses premières armes au sein de troupes amateurs avant de rejoindre les rangs professionnels. Dotée d'une beauté classique et d'une voix d'une grande clarté, elle gravit rapidement les échelons et devient une figure incontournable du théâtre montréalais. Sa présence scénique est telle qu'elle captive immédiatement le public et les critiques, s'imposant comme une jeune première de grand talent capable de naviguer entre les répertoires classiques et contemporains.
Le tournant majeur de sa vie professionnelle et personnelle survient lors de sa rencontre avec Gratien Gélinas, figure de proue de la dramaturgie québécoise. Huguette Oligny incarne avec une justesse bouleversante le personnage de Marie-Ange dans la pièce mythique Tit-Coq, créée en 1948. Ce rôle la propulse au sommet de la gloire et l'emmène en tournée non seulement à travers le Canada, mais aussi aux États-Unis et en France. Elle devient dès lors le visage d'une certaine modernité théâtrale au Québec.
Au fil des décennies, elle s'illustre sur toutes les grandes scènes, notamment au Théâtre du Nouveau Monde, où elle livre des performances mémorables dans les œuvres de Molière, Racine et Tchekhov. Sa capacité à exprimer une fragilité émouvante alliée à une force intérieure indéniable fait d'elle l'une des actrices les plus respectées de sa génération. Elle ne se limite pas au théâtre, prêtant également son talent au cinéma et à la télévision, participant à l'âge d'or des téléthéâtres qui ont marqué l'imaginaire collectif québécois.
Sa longévité exceptionnelle dans le métier témoigne de sa passion inaltérable pour le jeu. Jusqu'à un âge avancé, elle continue de fouler les planches, acceptant des rôles de femmes mûres et de grand-mères avec une dignité et une grâce qui suscitent l'admiration de ses pairs. Sa contribution à la culture est largement reconnue, et elle reçoit de nombreuses distinctions prestigieuses, dont le titre de Compagnon de l'Ordre du Canada et celui d'Officière de l'Ordre national du Québec.
Sur le plan personnel, elle partage sa vie avec Gratien Gélinas, qu'elle finit par épouser en secondes noces après de nombreuses années de collaboration artistique étroite. Leur union symbolise pour beaucoup la fusion de deux piliers majeurs du monde culturel québécois. Elle traverse les épreuves de la vie avec une sérénité remarquable, restant proche de ses enfants et de son public, qu'elle a toujours considéré comme sa seconde famille.
Huguette Oligny s'éteint paisiblement le 9 mai 2013 à Montréal, à l'âge de 91 ans. Sa disparition marque la fin d'une époque pour le milieu des arts, laissant derrière elle un héritage immense et des souvenirs impérissables pour des générations de spectateurs. Sa discrétion et son élégance, tant à la ville qu'à la scène, ont fait d'elle une icône intemporelle dont le nom reste gravé dans l'histoire de la dramaturgie francophone.
Elle est inhumée au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, situé à Montréal. Elle repose dans le lot familial, aux côtés de ceux qui ont marqué son existence, dans ce lieu de recueillement surplombant la ville qui l'a vue naître et s'épanouir. Sa sépulture demeure un point de repère pour ceux qui souhaitent rendre hommage à cette grande dame du théâtre qui a consacré sa vie à l'interprétation des plus grands textes.