Née Helma Sanders le 20 novembre 1940 à Emden, dans le nord de l'Allemagne, celle qui ajoutera plus tard le nom de Brahms à son patronyme grandit dans les ruines et les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale. Cette enfance marquée par le conflit et l'absence des pères deviendra le terreau fertile de son œuvre future. Après des études de philologie et d'art dramatique, elle s'oriente rapidement vers la télévision et le cinéma, s'imposant comme une voix singulière.
Sa trajectoire prend un tournant décisif lorsqu'elle collabore avec de grands cinéastes italiens comme Pier Paolo Pasolini, une expérience qui affine son regard critique et esthétique. Elle s'inscrit pleinement dans le mouvement du Nouveau Cinéma Allemand des années 1970, aux côtés de figures comme Rainer Werner Fassbinder ou Wim Wenders. Elle y apporte une sensibilité profondément féministe et une volonté farouche de regarder le passé de son pays en face.
Son chef-d'œuvre absolu sort sur les écrans en 1980 sous le titre d'Allemagne, mère blafarde. Ce film poignant et largement autobiographique explore le quotidien des femmes allemandes restées au foyer pendant la guerre et confrontées à la violence du quotidien, puis au retour de maris brisés ou endoctrinés. L'œuvre reçoit un accueil international triomphal et installe définitivement la cinéaste parmi les grands noms du cinéma d'auteur européen.
Au-delà de la fiction, elle se distingue par un travail documentaire rigoureux et engagé, interrogeant sans cesse la place des femmes dans la société, les relations de couple et le poids de l'histoire. Son cinéma refuse les compromis et les réponses faciles, préférant filmer la complexité des sentiments humains et les contradictions d'une Allemagne en pleine reconstruction économique mais encore moralement convalescente.
Artiste polyvalente, elle ne se cantonne pas aux caméras et s'illustre également dans l'écriture de scénarios, de pièces radiophoniques et de critiques littéraires. Elle utilise chaque canal d'expression disponible pour défendre un cinéma indépendant et subversif, s'opposant régulièrement aux logiques purement commerciales de l'industrie du divertissement de son époque.
La fin de sa carrière est marquée par une production plus sporadique mais toujours guidée par la même exigence intellectuelle. Elle continue de tourner des documentaires et de donner des conférences à travers le monde, transmettant son expérience aux nouvelles générations de cinéastes et restant une observatrice lucide des mutations politiques et culturelles de l'Europe réunifiée.
Atteinte d'une longue maladie qu'elle combat avec la même force de caractère qui caractérisait son cinéma, elle s'éloigne progressivement de la vie publique au début des années 2010. Elle s'éteint le 27 mai 2014 à Berlin, à l'âge de 73 ans, laissant derrière elle une filmographie dense qui a profondément marqué le cinéma politique et féministe mondial.
Après sa disparition, ses proches et le monde du cinéma lui rendent un ultime hommage dans la capitale allemande. Helma Sanders-Brahms est inhumée au cimetière de Dorotheenstadt à Berlin, un lieu de sépulture historique où reposent de nombreuses grandes figures de la culture allemande, scellant ainsi sa place définitive au panthéon des artistes majeurs de son pays.