Germaine Marie Rosine Tillion voit le jour le 30 mai 1907 à Allègre, une petite commune de la Haute-Loire. Élevée dans un milieu bourgeois et intellectuel, elle développe très tôt une grande curiosité pour le monde et les sciences humaines. Elle entame des études supérieures à Paris où elle devient l'élève du célèbre anthropologue Marcel Mauss, qui va profondément influencer sa méthode de travail basée sur l'observation rigoureuse, l'empathie et le refus des préjugés.
Dans les années 1930, sa vocation l'amène à effectuer plusieurs longs séjours dans les Aurès, une région montagneuse et reculée de l'Algérie. Elle y étudie la vie, les structures sociales et les coutumes de l'ethnie berbère des Chaouias. Ce travail de terrain, d'une grande rigueur scientifique, lui permet non seulement de comprendre les mécanismes profonds de cette société traditionnelle, mais forge aussi en elle un attachement indéfectible pour le peuple algérien.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate et que la France est occupée, elle refuse immédiatement la défaite et l'asservissement. Dès 1940, elle s'engage activement dans la clandestinité à Paris et devient l'un des piliers du réseau de résistance du Musée de l'Homme. Elle y déploie une énergie considérable pour organiser des filières d'évasion, centraliser des renseignements et venir en aide aux premiers prisonniers de guerre.
Son engagement héroïque prend un tournant tragique lorsqu'elle est arrêtée par la Gestapo en août 1942, suite à une trahison. Après plusieurs mois d'incarcération en France, elle est déportée en octobre 1943 au camp de concentration de Ravensbrück. Face à l'horreur absolue du système concentrationnaire, elle utilise ses compétences d'ethnologue pour analyser scientifiquement le fonctionnement du camp et rédige même, de façon clandestine et avec un humour salvateur, une opérette intitulée Le Verfügbar aux Enfers pour redonner courage à ses camarades.
Après sa libération et le conflit mondial, elle se consacre au devoir de mémoire en documentant méticuleusement les crimes nazis, tout en reprenant ses recherches scientifiques. Au milieu des années 1950, alors que la guerre d'Algérie éclate, elle est envoyée sur place par le gouvernement français. Elle y crée les Centres sociaux, une initiative novatrice visant à offrir une éducation, des soins et une formation professionnelle aux populations algériennes les plus démunies des villes et des campagnes.
Pendant ce conflit douloureux, elle adopte une position courageuse et humaniste, refusant de choisir un camp contre un autre. Elle s'élève fermement contre l'usage de la torture par l'armée française, tout en tentant de négocier secrètement avec les dirigeants du FLN pour mettre fin aux attentats aveugles contre les civils. Sa position de médiatrice lui vaut des critiques des deux côtés, mais elle reste droite dans ses convictions, guidée par la défense absolue des droits humains.
Devenue directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, elle passe les dernières décennies de sa vie à écrire, à enseigner et à militer pour de nombreuses causes, notamment l'émancipation des femmes en Méditerranée et l'amélioration des conditions de vie dans les prisons. Elle reçoit les plus hautes distinctions de la République, devenant l'une des rares femmes à être élevée à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur de son vivant.
Germaine Tillion s'éteint paisiblement le 19 avril 2008 à son domicile de Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne, à l'âge vénérable de 100 ans. En reconnaissance de son courage exceptionnel et de son humanisme, la nation lui rend un hommage suprême : le 27 mai 2015, ses cendres sont symboliquement transférées au Panthéon à Paris. Sa dépouille repose désormais dans la crypte du monument national, aux côtés d'autres grandes figures de la Résistance, tandis que sa sépulture familiale initiale demeure au cimetière de Saint-Mandé.