Chantal Anne Akerman naît le 6 juin 1950 à Bruxelles, au sein d'une famille de juifs polonais rescapés des camps de concentration. Cette histoire familiale et le silence qui l'entoure marquent profondément la jeune fille, qui grandit dans la capitale belge. C'est à l'adolescence, en découvrant le film Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, qu'elle a une véritable révélation et décide de se consacrer entièrement au cinéma, y voyant un espace de liberté totale et d'expression sans limites.
À peine majeure, elle réalise son premier court-métrage, Saute ma ville, un film brut et audacieux dans lequel elle se met elle-même en scène. Animée par un besoin d'émancipation et de découverte, elle s'installe au début des années 1970 à New York, où elle s'imprègne du cinéma expérimental américain. Cette expérience cruciale affine son regard et son style, caractérisé par des plans-séquences rigoureux, une attention portée au quotidien et un refus des conventions narratives traditionnelles.
Le sommet de sa reconnaissance critique survient en 1975 avec la sortie de son chef-d'œuvre, Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles. Ce long-métrage de près de quatre heures décrit avec une précision hypnotique la routine aliénante d'une femme au foyer. Le film bouscule radicalement l'histoire du cinéma mondial par sa temporalité unique et son approche féministe novatrice, devenant une référence absolue pour des générations de cinéastes.
Au cours des décennies suivantes, son œuvre se déploie à travers une grande diversité de formes et de genres, allant de la comédie musicale avec Golden Eighties au documentaire d'observation avec D'Est. Elle explore inlassablement les thèmes de l'exil, du temps qui passe, de l'identité et de la mémoire douloureuse du XXe siècle. Sa caméra voyage de l'Europe de l'Est aux frontières mexicaines, capturant l'errance et la solitude humaine avec une sensibilité rare.
Parallèlement à ses films pour le cinéma, elle s'impose dès les années 1990 comme une figure majeure de l'art contemporain. Ses installations vidéo, présentées dans les plus grands musées du monde comme le Centre Pompidou ou la Documenta de Kassel, réinventent le rapport du spectateur à l'image et à l'espace. Elle utilise ce médium pour approfondir ses recherches esthétiques et interroger l'histoire intime et collective.
Le lien fusionnel qu'elle entretient avec sa mère, Natalia, traverse toute sa vie et son travail créatif, culminant dans son ultime long-métrage, No Home Movie. Ce documentaire poignant, qui capte les derniers instants de sa mère, agit comme le point final d'une œuvre profondément autobiographique. La perte de cette figure centrale plonge la cinéaste dans une immense détresse émotionnelle dont elle peine à se relever.
Chantal Akerman met fin à ses jours le 5 octobre 2015 à Paris, dans le 20e arrondissement, à l'âge de 65 ans. Sa mort brutale suscite une vive émotion internationale, le monde de la culture saluant la perte d'une pionnière infatigable, d'une voix radicale et d'une des cinéastes les plus influentes et audacieuses de sa génération.
Ses obsèques se déroulent dans l'intimité au cimetière du Père-Lachaise, situé également dans le 20e arrondissement de la capitale française. C'est au sein de cette célèbre nécropole parisienne qu'elle est inhumée, laissant derrière elle un héritage artistique immense qui continue d'inspirer et de transformer le regard des spectateurs et des créateurs du monde entier.