François Roland Truffaut est né le 6 février 1932 dans le 17e arrondissement de Paris. Enfant naturel, il ne connaîtra l'identité de son père biologique que bien plus tard, après une enquête privée. Il est élevé par sa grand-mère maternelle jusqu'à l'âge de huit ans, avant de rejoindre le foyer de sa mère, Janine de Monferrand, et de son père adoptif, Roland Truffaut, qui lui donne son nom. Cette enfance marquée par un sentiment de solitude et le manque d'affection maternelle sera une source d'inspiration majeure pour son œuvre future.
L'école n'est pas son refuge, bien au contraire. Truffaut multiplie l'école buissonnière pour se réfugier dans les salles de cinéma, développant une passion dévorante pour le septième art dès l'adolescence. C’est à cette époque qu’il rencontre André Bazin, figure paternelle de substitution et théoricien du cinéma, qui le prend sous son aile. Bazin l'aide à sortir de situations difficiles, notamment après un passage en centre d'observation pour mineurs et une désertion de l'armée qui l'avait conduit en prison militaire.
Grâce à l'appui de Bazin, il intègre la rédaction des Cahiers du Cinéma. Il s'y impose rapidement comme un critique redoutable, fustigeant la "tradition de la qualité" du cinéma français de l'époque. Son article manifeste, "Une certaine tendance du cinéma français", pose les jalons de la politique des auteurs. Son style incisif et ses opinions tranchées lui valent le surnom de "fossoyeur du cinéma français", mais préparent surtout le terrain pour un changement radical de paradigme artistique.
En 1959, il passe derrière la caméra pour son premier long-métrage, Les Quatre Cents Coups. Ce film, largement autobiographique, présente au monde le personnage d'Antoine Doinel, interprété par Jean-Pierre Léaud. Le succès est immédiat et retentissant : Truffaut reçoit le prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Ce film marque officiellement l'acte de naissance de la Nouvelle Vague, un mouvement qui privilégie la liberté de ton, le tournage en extérieur et l'expression personnelle du réalisateur.
Tout au long de sa carrière, il explore la complexité des sentiments humains, l'enfance et la passion amoureuse. Sa filmographie est jalonnée de chefs-d'œuvre tels que Jules et Jim, Baisers volés ou encore La Peau douce. Il parvient à concilier un cinéma d'auteur exigeant avec un succès public certain, affirmant que le cinéma doit être à la fois une recherche formelle et un divertissement accessible. Son amour des livres et du langage transparaît également dans ses adaptations littéraires, comme Fahrenheit 451.
En 1973, il réalise La Nuit américaine, une mise en abyme vibrante sur le monde du cinéma et les tourments d'un tournage. Le film obtient l'Oscar du meilleur film étranger, consacrant Truffaut sur la scène internationale. Il continue de travailler avec une régularité impressionnante, dirigeant les plus grands acteurs français, de Catherine Deneuve à Isabelle Adjani, tout en continuant d'incarner lui-même certains rôles, comme dans L'Enfant sauvage ou Rencontres du troisième type de Steven Spielberg.
Le cinéaste s'éteint prématurément le 21 octobre 1984 à Neuilly-sur-Seine, des suites d'une tumeur cérébrale, alors qu'il fourmille encore de projets. Sa disparition laisse un vide immense dans le paysage culturel mondial. Il laisse derrière lui une œuvre cohérente, sensible et profondément humaine, qui continue d'influencer des générations de cinéastes à travers le monde. Il reste l'homme qui aimait les films autant qu'il aimait les femmes, cherchant sans cesse à capturer la vérité de l'instant.
François Roland Truffaut est inhumé au cimetière de Montmartre, à Paris. Sa tombe, sobre et élégante, est située dans la 21e division. Elle est devenue un lieu de pèlerinage pour les cinéphiles du monde entier qui viennent rendre hommage à celui qui a transformé le cinéma en une écriture intime et universelle.