Charles Denner voit le jour le 29 mai 1926 à Tarnów, en Pologne, au sein d'une famille juive qui choisit de s'installer en France quatre ans plus tard pour fuir un climat antisémite pesant. Durant la Seconde Guerre mondiale, le jeune homme fait preuve d'un courage immense en s'engageant activement dans la Résistance, combattant notamment au sein du maquis du Vercors où il est grièvement blessé au dos. Cette expérience de la guerre et de la clandestinité forge chez lui une intensité et une force de caractère qui marqueront profondément toute sa future trajectoire artistique.
Après la Libération, il se tourne vers le théâtre et intègre la prestigieuse compagnie du Théâtre National Populaire dirigée par Jean Vilar. Durant de nombreuses années, il arpente les scènes aux côtés de monstres sacrés comme Gérard Philipe, incarnant les grands textes du répertoire classique et contemporain. C'est sur les planches qu'il peaufine ce jeu si particulier, caractérisé par une élocution saccadée, une voix fiévreuse et un regard noir d'une expressivité rare qui captive instantanément les spectateurs.
Sa carrière cinématographique prend un tournant décisif en 1963 grâce au réalisateur Claude Chabrol, qui lui confie le rôle principal du film Landru. Son interprétation magistrale du célèbre tueur en série, à la fois terrifiant, séducteur et décalé, marque durablement les esprits et installe définitivement le comédien parmi les acteurs incontournables du cinéma français. Il démontre dès lors une capacité unique à incarner des personnages complexes, marginaux ou obsessionnels.
Une autre rencontre fondamentale de sa vie professionnelle est celle avec le réalisateur François Truffaut. Ce dernier sait capter comme personne la sensibilité et l'étrangeté de l'acteur, lui offrant d'abord un rôle marquant dans La mariée était en noir aux côtés de Jeanne Moreau, avant de lui confier le rôle de sa vie quelques années plus tard dans L'Homme qui aimait les femmes. Dans ce long-métrage, il campe un personnage inoubliable, guidé par une quête insatiable et poétique de la gent féminine.
Le cinéaste Claude Lelouch fait également de lui l'un de ses acteurs fétiches, l'intégrant dans plusieurs de ses grands succès populaires comme L'aventure c'est l'aventure ou Robert et Robert. Dans ces films, il déploie une facette différente de son talent, prouvant qu'il excelle tout autant dans la comédie et la satire sociale. Son duo avec Jacques Villeret ou ses tirades aux côtés de Lino Ventura restent des moments d'anthologie du cinéma des années 1970.
Artiste exigeant et entier, il choisit méticuleusement ses rôles, préférant la profondeur des personnages à la simple gloire commerciale. Son physique singulier et son jeu habité en font un acteur à part, capable de passer de la plus grande gravité à une ironie mordante en un quart de seconde. En dehors des plateaux de tournage, l'homme reste discret, farouchement attaché à sa liberté et fuyant les mondanités du vedettariat.
Au milieu des années 1980, la maladie commence malheureusement à l'éloigner des plateaux de cinéma et des planches de théâtre qu'il affectionne tant. Contraint de réduire ses activités professionnelles, il passe les dernières années de sa vie dans une relative retraite, entouré de ses proches et luttant avec la même dignité que celle qui caractérisait ses personnages face à l'adversité.
Charles Denner s'éteint le 10 septembre 1995 à Dreux, dans le département d'Eure-et-Loir, à l'âge de 69 ans des suites d'un cancer. Sa disparition suscite un immense hommage de la part du monde de la culture et du public, qui saluent la perte d'un artiste d'une intégrité rare. Il repose désormais au cimetière parisien de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, laissant derrière lui une filmographie mémorable et le souvenir d'une voix unique de l'histoire du septième art.