Georges Bernier, plus connu sous son pseudonyme de Professeur Choron, est né le 21 septembre 1929 à La Neuville-aux-Bois, dans la Marne. Sa jeunesse fut marquée par la Seconde Guerre mondiale, un événement qui, selon certains, a pu forger son goût pour l'absurde et la provocation. Il a exercé divers petits métiers avant de se lancer dans l'aventure éditoriale qui allait le rendre célèbre. Il était un homme au tempérament bien trempé, un personnage haut en couleur qui ne laissait personne indifférent.
En 1960, il cofonde avec François Cavanna le journal satirique et provocateur Hara-Kiri, sous-titré « Journal bête et méchant ». Le nom "Choron" vient de la rue de Choron à Paris où se trouvaient les premiers locaux du journal. Georges Bernier y est à la fois directeur de la publication et, souvent, un contributeur actif de ses pages les plus déjantées. Le ton du journal est immédiatement à l'opposé de la presse établie, usant d'un humour noir, scabreux et irrévérencieux qui va rapidement choquer une partie de la société française.
L'équipe d'Hara-Kiri comprenait de nombreux talents qui allaient devenir des figures majeures de l'humour et de la bande dessinée, tels que Wolinski, Gébé, Reiser, Cabu ou Topor. Sous l'impulsion du Professeur Choron, ils ont créé un laboratoire de l'humour décalé, où toutes les limites étaient constamment repoussées. Choron lui-même participait à des mises en scène photographiques absurdes et parfois choquantes, incarnant souvent l'homme de la rue, le beauf, le monstre ou le candide pervers, toujours avec une grande autodérision.
Le journal Hara-Kiri a connu plusieurs interdictions au fil des ans en raison de son contenu jugé outrageant ou contraire aux bonnes mœurs. La plus célèbre censure intervient en 1970 : suite à la mort du général de Gaulle, le journal titre « Bal tragique à Colombey : 1 mort », détournant un fait divers sanglant récent. Hara-Kiri est alors définitivement interdit.
C'est ainsi qu'est né Charlie Hebdo en 1970, reprenant une partie de l'équipe et de l'esprit d'Hara-Kiri, mais sous une nouvelle formule plus orientée vers l'actualité politique et sociale. Le Professeur Choron a également lancé de nombreuses autres publications éphémères ou plus durables, comme Hara-Kiri Hebdo, Grodada, La Gueule Ouverte, et le très cru Charlie Mensuel. Il était un entrepreneur de la subversion, multipliant les supports pour contourner la censure et continuer à exprimer son humour radical.
Parallèlement à ses activités de presse, Georges Bernier s'est également intéressé au monde du spectacle et de la télévision. Il a notamment participé à des émissions de télévision, comme le Bébert et l'Omnibus sur France 3, où il jouait un rôle proche de son personnage public : celui d'un provocateur gentil, parfois vulgaire, mais toujours avec une sincérité désarmante. Il a aussi créé les éditions du Square, qui publiaient ses journaux et ses livres.
Son style était unique : une forme d'humour potache, populiste et volontiers transgressif, qui contrastait avec l'humour plus intellectuel de certains de ses confrères. Le Professeur Choron cultivait l'image d'un anar de droite ou d'un rustre éclairé, s'attaquant à toutes les formes d'autorité et de bien-pensance. Il est considéré comme une figure tutélaire de l'humour noir à la française, ayant influencé plusieurs générations d'artistes.
Georges Bernier, Professeur Choron, est décédé le 10 janvier 2005 à Paris, à l'âge de 75 ans, des suites d'une longue maladie.
Il est inhumé au Cimetière du Montparnasse (division 3) à Paris (14e arrondissement). Sa tombe est souvent un lieu de pèlerinage pour ses lecteurs et admirateurs, et elle se distingue souvent par des petits hommages décalés laissés par ses fidèles.
Pour se faire une idée de l'homme et de son esprit caustique, voici un exemple de contenu vidéo où il apparaît : Voici un lien vidéo YouTube pour découvrir son univers : [youtube: Professeur Choron - Le Bébert et l'omnibus (INA)]
Son héritage est immense, non seulement à travers les journaux qu'il a créés et qui continuent d'exister (Charlie Hebdo), mais aussi par la trace indélébile qu'il a laissée sur la liberté d'expression et l'humour transgressif en France. Il restera l'éternel « Professeur » de l'irrévérence.