Née sous le nom de Lea France Gourdji le 21 septembre 1916 à Lausanne, en Suisse, celle que le monde connaîtra sous le pseudonyme de Françoise Giroud grandit dans un milieu intellectuel marqué par le déracinement. Son père, Salih Gourdji, était un journaliste et homme politique turc en exil, fondateur de l'Agence télégraphique ottomane. Après sa mort prématurée, la famille s'installe à Paris dans une situation financière précaire, ce qui oblige la jeune fille à quitter l'école à l'âge de quatorze ans pour subvenir à ses besoins, renonçant ainsi à des études classiques.
Elle débute sa vie professionnelle comme dactylo, mais son intelligence vive lui permet de s'introduire rapidement dans le milieu du cinéma. Elle devient la première femme scripte du cinéma français, travaillant aux côtés de figures légendaires comme Marc Allégret et Jean Renoir. Cette période forge sa rigueur et son sens de l'observation, tout en lui offrant l'opportunité d'écrire des scénarios et des chansons. C'est Marc Allégret lui-même qui lui suggère d'adopter le nom de Françoise Giroud, un patronyme qui sonne « plus français » dans une époque troublée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle traverse des épreuves personnelles et politiques majeures. Engagée dans la Résistance, elle est arrêtée par la Gestapo en 1944 et incarcérée à la prison de Fresnes. Cette expérience de la captivité et de la peur marque un tournant dans sa vision du monde. À la Libération, forte de son courage et de sa plume acérée, elle se tourne définitivement vers le journalisme, un domaine où elle va révolutionner les codes de la presse féminine et d’information.
En 1945, elle participe activement au lancement du magazine Elle aux côtés d'Hélène Lazareff. Elle y insuffle un ton nouveau, moderne et émancipateur pour les femmes de l'après-guerre. Cependant, c'est en 1953 qu'elle marque l'histoire des médias en cofondant, avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, l'hebdomadaire L'Express. Sous sa direction, le journal devient le fer de lance du modernisme en France, critiquant la guerre d'Indochine puis celle d'Algérie, et imposant un style journalistique percutant et synthétique.
Sa carrière prend une dimension politique sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. En 1974, elle est nommée secrétaire d'État à la Condition féminine, un poste créé spécialement pour elle. Elle y lance les « cent mesures » pour les femmes, luttant pour l'égalité salariale, l'accès aux métiers dits masculins et l'autonomie sociale. Elle devient ensuite ministre de la Culture en 1976, poursuivant son engagement pour la démocratisation de l'accès aux arts avant de quitter le gouvernement en 1977.
Après son passage en politique, Françoise Giroud ne quitte jamais vraiment l'écriture. Elle redevient éditorialiste, notamment au Nouvel Observateur, et publie de nombreux ouvrages, allant de biographies à des essais politiques en passant par des romans. Elle reste jusqu'à la fin de sa vie une observatrice impitoyable de la société française, reconnue pour son esprit critique, sa franchise légendaire et sa capacité à déceler les mutations sociétales avant tout le monde.
Elle s'éteint le 19 janvier 2003 à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, des suites d'une chute survenue après une soirée à l'Opéra. Sa disparition suscite une vive émotion nationale, saluant une femme qui a su briser les plafonds de verre par la seule force de son talent et de sa volonté. Elle laisse derrière elle une œuvre immense et l'image d'une femme libre, complexe, ayant traversé le XXe siècle avec une élégance et une exigence intellectuelle rares.
Françoise Giroud repose aujourd'hui à Paris, au cimetière de Passy (16e arrondissement). Sa sépulture se trouve dans la 11e division du cimetière, un lieu de calme au cœur de la capitale qu'elle a tant aimée et racontée. C'est ici, non loin du Trocadéro, que l'on peut rendre hommage à celle qui fut tour à tour scripte, journaliste, ministre et écrivaine, et dont le nom restera indissociable de l'émancipation des femmes en France.