Henri Enrico Colpi est né le 15 juillet 1921 à Brigue, en Suisse. Bien qu'originaire de cette région montagneuse, il a passé une grande partie de sa jeunesse et de sa vie en France, développant très tôt une passion dévorante pour les arts visuels et la structure narrative des récits. Cette double identité culturelle a sans doute contribué à son regard singulier sur le monde, marqué par une certaine rigueur technique alliée à une grande sensibilité poétique.
Après des études de lettres à Montpellier, il monte à Paris pour intégrer la première promotion de l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) en 1944. C'est dans ce creuset intellectuel qu'il affine sa compréhension du montage, qu'il ne considère pas comme une simple technique d'assemblage, mais comme le véritable cœur battant du langage cinématographique. Il devient rapidement l'un des théoriciens les plus respectés du domaine, publiant des ouvrages de référence sur la musique de film et l'esthétique du montage.
Sa carrière prend un tournant décisif grâce à sa collaboration étroite avec Alain Resnais. En tant que monteur, il joue un rôle architectural crucial dans des chefs-d'œuvre tels que Hiroshima mon amour (1959) et L'Année dernière à Marienbad (1961). Son travail sur ces films, caractérisé par une gestion complexe de la temporalité et de la mémoire, lui vaut une reconnaissance internationale et assoit sa réputation de "maître du temps" au sein de la Modernité cinématographique française.
En 1961, il franchit le pas de la réalisation avec son premier long-métrage, Une aussi longue absence. Coécrit avec Marguerite Duras, le film raconte l'histoire d'une femme qui croit reconnaître son mari disparu dans un clochard amnésique. Ce coup d'essai est un coup de maître : il remporte la Palme d'Or au Festival de Cannes, ex æquo avec Viridiana de Luis Buñuel. Ce succès consacre son approche mélancolique et sa direction d'acteurs d'une grande sobriété.
Au-delà de la réalisation et du montage, Henri Colpi était un homme de musique. Il attachait une importance primordiale à la bande-son, collaborant avec de grands compositeurs pour que la mélodie ne soit jamais un simple accompagnement, mais une voix à part entière. On lui doit notamment les paroles de la célèbre chanson Colchiques dans les prés, témoignant de sa versatilité et de son goût pour une certaine forme de lyrisme populaire et intemporel.
Durant les années 1970 et 1980, il continue d'alterner entre ses propres réalisations, le montage pour d'autres cinéastes comme Agnès Varda, et un travail pédagogique important. Il devient une figure tutélaire pour les jeunes générations de monteurs, transmettant son savoir à travers le monde. Son exigence intellectuelle ne l'a jamais quitté, restant fidèle à une conception artisanale et exigeante du septième art jusqu'à la fin de sa vie.
Henri Colpi s'est éteint le 14 janvier 2006 à Menton, dans les Alpes-Maritimes, à l'âge de 84 ans. Sa disparition a marqué la fin d'une époque pour le cinéma d'auteur français, laissant derrière lui une œuvre où la précision du geste technique rencontre toujours l'émotion la plus pure. Il demeure une figure exemplaire d'artiste complet, capable d'analyser le cinéma tout en le fabriquant avec une intuition rare.
Selon ses dernières volontés, il a été inhumé dans le cimetière marin de Sète, dans l'Hérault. Il repose ainsi face à la Méditerranée, dans ce lieu emblématique célébré par Paul Valéry et Georges Brassens, rejoignant d'autres grands noms de la culture française dans ce cadre paisible et tourné vers l'horizon. Sa sépulture rappelle son attachement profond à cette région du sud de la France où il avait puisé ses premières inspirations littéraires.