Claude-René Piéplu est né le 09 mai 1923 dans le 14e arrondissement de Paris. Issu d'un milieu modeste, il manifeste très tôt un intérêt marqué pour la comédie, bien que son parcours initial ne le destine pas immédiatement aux projecteurs. Jeune homme, il commence par travailler comme employé de banque, une expérience qui forgera peut-être cette allure de Monsieur-tout-le-monde, à la fois rigoureuse et décalée, qu'il saura si bien exploiter par la suite sur les planches et devant les caméras.
Sa véritable vocation s'affirme lorsqu'il intègre le cours d'art dramatique de Maurice Escande. C’est dans cette atmosphère studieuse qu’il apprend les bases de son métier avant de faire ses premiers pas professionnels au théâtre à la fin des années 1940. Il rejoint notamment la compagnie de Jacques Fabbri, une troupe qui privilégie un théâtre populaire et exigeant, lui permettant de peaufiner son jeu et de se faire remarquer par la critique et le public parisien pour sa diction singulière.
Au cinéma, sa carrière décolle véritablement dans les années 1960. Il devient l'un de ces seconds rôles indispensables du cinéma français, reconnaissable entre mille grâce à sa voix traînante, son flegme apparent et son regard pétillant d'une malice absurde. Il tourne sous la direction de grands réalisateurs comme Luis Buñuel, notamment dans Le Charme discret de la bourgeoisie, ou encore Yves Robert, confirmant son aisance tant dans la comédie légère que dans la satire sociale plus acerbe.
L'une de ses collaborations les plus marquantes reste celle avec le réalisateur Jean-Pierre Mocky. Ensemble, ils explorent un cinéma iconoclaste où le comédien peut donner libre cours à sa fantaisie. Sa capacité à incarner des personnages de notables pince-sans-rire, de fonctionnaires zélés ou d'ecclésiastiques lunaires fait merveille. Il excelle dans l'art de rendre l'ordinaire extraordinaire par un simple décalage de ton ou un silence prolongé.
Pour le grand public, il restera éternellement lié à l'aventure des Shadoks. Dès 1968, il prête sa voix inimitable à cette série d'animation révolutionnaire. En tant que narrateur, il accompagne les pérégrinations absurdes de ces créatures étranges qui "pompaient" sans relâche. Sa voix devient un élément central de l'identité visuelle et sonore de la télévision française de l'époque, marquant des générations de téléspectateurs par son sérieux imperturbable face au non-sens le plus total.
Homme discret et engagé, il ne se contente pas de sa carrière artistique. Tout au long de sa vie, il manifeste des convictions humanistes profondes, s'impliquant notamment dans des mouvements pacifistes et citoyens. Malgré la célébrité, il conserve une simplicité rare, fuyant les mondanités pour se consacrer à son art et à ses proches. Cette droiture d'esprit se reflète dans ses choix de carrière, privilégiant souvent la qualité du texte et l'originalité du projet à la simple visibilité commerciale.
Le comédien s'éteint le 24 mai 2006 à Paris, à l'âge de 83 ans, des suites d'une longue maladie à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu. Sa disparition suscite une vive émotion dans le milieu artistique français, de nombreux hommages saluant la perte d'un acteur "unique en son genre", capable d'allier l'élégance du théâtre classique à la modernité la plus débridée. Il laisse derrière lui une filmographie riche de plus de quarante films et une empreinte indélébile sur la culture populaire française.
Conformément à ses dernières volontés, ses obsèques se déroulent dans l'intimité. Claude-René Piéplu est inhumé au cimetière de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine. Sa sépulture, située dans la 84e division, est à l'image de l'homme : sobre et dénuée d'artifices. Aujourd'hui encore, il demeure une figure de référence pour de nombreux comédiens qui voient en lui le maître absolu du contre-pied comique et de l'élégance vocale.