Emmanuel Berl voit le jour le 2 août 1892 à Le Vésinet, dans le département des Yvelines. Issu d'une famille de la haute bourgeoisie juive parisienne, il grandit dans un environnement intellectuel stimulant, marqué notamment par la figure de son cousin le philosophe Henri Bergson. Brillant élève, il s'oriente naturellement vers les études de philosophie et s'imprègne rapidement des grands débats d'idées de son époque.
Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé et s'engage sur le front, une expérience traumatisante qui va profondément marquer sa pensée et forgé son pacifisme sans concession. Atteint par les gaz et blessé, il ressort de ce conflit avec une aversion profonde pour la guerre et pour le nationalisme aveugle, des thèmes qui alimenteront une grande partie de ses futurs écrits.
Dans l'entre-deux-guerres, il devient une figure majeure de la vie intellectuelle et journalistique parisienne. Essayiste au style acéré, il publie des ouvrages remarqués comme *Mort de la pensée bourgeoise* et *Premier pamphlet*, où il critique sévèrement les élites de son temps. En 1932, il fonde avec l'écrivain Pierre Drieu la Rochelle le journal *Marianne*, une revue hebdomadaire de gauche qui rencontre un immense succès auprès des lecteurs.
C'est également durant les années 1930 qu'il rencontre la comédienne et chanteuse Mireille, créatrice du célèbre "Petit Conservatoire". Leur mariage en 1937 scelle une union artistique et personnelle fusionnelle qui durera toute leur vie, faisant du couple l'un des duos les plus en vue de la scène culturelle de la capitale.
La Seconde Guerre mondiale fait basculer son destin de façon complexe et controversée. En juin 1940, mu par son pacifisme viscéral et cherchant à éviter le carnage, il rédige à la demande du gouvernement les premiers discours du maréchal Pétain, dont le fameux "Je fais à la France le don de ma personne". Réalisant rapidement la nature antisémite et la dérive du régime de Vichy, il s'éloigne aussitôt pour se cacher en Corrèze avec son épouse afin d'échapper aux persécutions.
Après la Libération, bien qu'écarté un temps des grands médias en raison de cet épisode, il reprend la plume et se consacre à la rédaction d'essais philosophiques, d'ouvrages d'histoire et de mémoires. Il livre un regard lucide, souvent auto-critique mais toujours indépendant, sur les évolutions politiques et sociales du XXe siècle, devenant un observateur précieux et écouté.
Jusqu'à la fin de sa vie, il conserve un esprit brillant et une curiosité intellectuelle intacte, continuant de publier des essais intimes et de participer au débat d'idées français. Entouré par le respect de ses pairs et par l'affection de ses proches, il demeure une incarnation de la figure de l'intellectuel engagé du siècle dernier.
Emmanuel Berl s'éteint le 21 septembre 1976 à Paris, dans le 8e arrondissement, à l'âge de 84 ans. Il repose désormais au cimetière du Montparnasse à Paris, dans la 25e division, au côté de son épouse Mireille qui l'a rejoint à son décès en 1996.