Jean-Roger Gouyé naît le 18 juillet 1933 aux Lilas, dans la banlieue parisienne, au sein d'une famille ouvrière. Le jeune homme se destine initialement au journalisme, mais son esprit frondeur, son sens inné de la dérision et un humour corrosif le poussent rapidement vers le monde du spectacle. Il adopte alors le pseudonyme de Jean Yanne, un nom qui va bientôt résonner dans toute la France comme le synonyme d'une impertinence joyeuse et sans concessions.
Il débute sa carrière dans les années 1950 en tant que journaliste et humoriste à la radio, notamment sur les ondes de RTL et d'Europe 1. C'est là qu'il peaufine son personnage de râleur professionnel, de provocateur au grand cœur qui fustige la bêtise humaine, la publicité et la société de consommation naissante. Ses sketchs et ses répliques cinglantes font mouche, séduisant un public lassé du conformisme de l'époque.
Le cinéma fait rapidement appel à ses talents d'acteur à partir des années 1960. Il tourne sous la direction de réalisateurs prestigieux comme Jean-Luc Godard ou Claude Chabrol. C'est d'ailleurs ce dernier qui lui offre certains de ses rôles les plus sombres et les plus marquants, notamment dans Le Boucher et Que la bête meure, prouvant que le brillant comique sait aussi incarner la cruauté et la tragédie avec une intensité dramatique exceptionnelle.
Sa consécration en tant que comédien culmine en 1972 lors du Festival de Cannes. Il y reçoit le prestigieux Prix d'interprétation masculine pour son rôle difficile et complexe dans Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat. Sa performance d'homme colérique et destructeur face à Marlène Jobert marque profondément les esprits, même si les relations explosives entre l'acteur et le réalisateur sur le tournage alimentent la chronique.
Parallèlement à sa carrière d'acteur, il passe derrière la caméra pour devenir un réalisateur satirique incontournable des années 1970. Avec des films mémorables comme Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ou Les Chinois à Paris, il caricature férocement les médias, la politique et la finance. Ses œuvres, portées par des dialogues savoureux et des chansons parodiques qu'il compose lui-même, rencontrent un immense succès populaire.
Homme d'affaires avisé, producteur et romancier, il refuse de se laisser enfermer dans une seule case. Dans les années 1980 et 1990, il alterne les grands rôles de composition, notamment dans le film historique Tous les matins du monde d'Alain Corneau, et les apparitions médiatiques où son sens de la formule fait merveille. Il devient une figure incontournable de l'émission Les Grosses Têtes, où son cynisme désabusé amuse la France entière.
Il choisit de s'installer en partie à Los Angeles pour fuir la fiscalité française et s'offrir une liberté nouvelle, mais revient régulièrement sur sa terre natale pour tourner. Cet exil américain n'entame en rien son amour pour la culture française, et il continue d'observer les travers de ses contemporains avec le même œil aiguisé et la même tendresse dissimulée sous une armure de provocation.
Jean Yanne s'éteint brutalement le 23 mai 2003 à Morsains, dans la Marne, succombant à une crise cardiaque à l'âge de 69 ans, alors qu'il était en plein tournage. Le monde de la culture pleure la perte d'un esprit libre, d'un touche-à-tout de génie et d'un satiriste hors pair. Il est inhumé au cimetière des Lilas, sa commune de naissance, rejoignant ainsi la terre de ses débuts après avoir traversé la vie comme un météore d'impertinence.