Eldred Gregory Peck naît le 5 avril 1916 à La Jolla, un quartier de San Diego en Californie. Après une enfance marquée par la séparation de ses parents et une éducation stricte confiée en grande partie à sa grand-mère, le jeune homme se destine d'abord à des études de médecine à l'université de Berkeley. C'est durant son cursus universitaire qu'il découvre le théâtre, un coup de foudre artistique qui le pousse à tout abandonner pour tenter sa chance à New York, vivant de petits boulots en attendant de percer sur les planches de Broadway.
Son physique de jeune premier, sa stature imposante et sa voix de basse profonde captivent rapidement les studios de Hollywood au début des années 1940. Exempté de service militaire en raison d'une blessure au dos, il enchaîne les rôles marquants dès ses débuts à l'écran, notamment dans Les Clés du royaume en 1944, qui lui vaut sa première nomination aux Oscars. Dès lors, il s'impose comme l'incarnation idéale du héros américain, un homme intègre, courageux et profondément humain.
Durant l'âge d'or du cinéma hollywoodien, il collabore avec les plus grands réalisateurs de son époque, d'Alfred Hitchcock dans La Maison du docteur Edwardes à King Vidor dans le sulfureux western Duel au soleil. Sa polyvalence lui permet de briller aussi bien dans la comédie romantique légendaire, à l'image de Vacances romaines aux côtés de la débutante Audrey Hepburn, que dans les films de guerre ou les drames psychologiques les plus sombres.
Le rôle de sa vie lui est offert en 1962 avec le personnage d'Atticus Finch dans l'adaptation cinématographique du roman Du silence et des ombres. En incarnant cet avocat sudiste intègre qui défend un homme noir injustement accusé de viol, l'acteur livre une prestation magistrale qui résonne fortement avec le mouvement des droits civiques en cours. Ce rôle emblématique lui apporte enfin la consécration absolue avec l'obtention de l'Oscar du meilleur acteur.
Au-delà de sa carrière sur grand écran, l'homme se distingue par un engagement citoyen et philanthropique hors du commun. Fervent libéral et humaniste, il s'implique activement dans de nombreuses causes caritatives, préside l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences et s'oppose fermement à la guerre du Vietnam ainsi qu'à la liste noire d'Hollywood pendant le maccarthysme. Son intégrité dans la vie publique reflète si fidèlement ses rôles de justicier que le président Lyndon B. Johnson lui décerne la médaille présidentielle de la Liberté en 1969.
Les décennies suivantes le voient raréfier ses apparitions, bien qu'il marque encore les esprits dans des productions majeures comme le film d'épouvante La Malédiction en 1976 ou en incarnant le redoutable docteur Josef Mengele dans Ces garçons qui venaient du Brésil en 1978, un contre-emploi total qui démontre toute l'étendue de son talent d'acteur. Il consacre ses dernières années à des lectures publiques et à la transmission de son amour du septième art aux jeunes générations.
Le grand comédien s'éteint paisiblement dans son sommeil le 12 juin 2003 à son domicile de Los Angeles, à l'âge de 87 ans, aux côtés de sa seconde épouse, la journaliste française Véronique Passani, qui partageait sa vie depuis un demi-siècle. Sa disparition suscite un hommage international unanime, saluant la perte de l'un des derniers géants de la période classique du cinéma américain.
Contrairement à de nombreuses stars de sa génération inhumées dans les cimetières traditionnels de Hollywood, Gregory Peck repose au cœur de la cathédrale Notre-Dame-des-Anges de Los Angeles. Ses restes ont été placés dans le mausolée de la crypte de cet édifice religieux moderne, offrant un lieu de recueillement solennel à la mesure d'un homme qui aura incarné la dignité et la conscience morale du cinéma mondial.