Haroun Tazieff, de son nom complet Haroun-Jean-Pierre Tazieff, voit le jour le 11 mais 1914 à Varsovie, au sein de l'Empire russe à l'époque. Fils d'un médecin d'origine tatar et d'une chimiste d'origine polonaise, il grandit dans un contexte de bouleversements géopolitiques qui le mènent très tôt vers l'Europe de l'Ouest. C'est finalement en Belgique qu'il s'établit avec sa mère après la mort prématurée de son père durant la Grande Guerre, obtenant par la suite la nationalité belge avant de devenir français en 1971.
Personnage aux multiples facettes, il commence par suivre des études agronomiques avant de s'orienter vers la géologie et l'ingénierie des mines. Sportif accompli, il s'illustre particulièrement dans le rugby et la boxe, une endurance physique qui se révélera cruciale pour ses futures explorations extrêmes. Son tempérament fougueux et son goût pour l'aventure le poussent à rejoindre la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, marquant ainsi le début d'une vie engagée et courageuse.
C'est en 1948, alors qu'il travaille au Congo belge, que sa vocation de vulcanologue se cristallise lors de l'éruption du volcan Kituro. Fasciné par la puissance démesurée de la terre, il décide de consacrer sa vie à l'étude des cratères actifs à travers le globe. Il devient l'un des pionniers de la vulcanologie moderne, délaissant les théories de bureau pour une approche de terrain, souvent au péril de sa vie, afin de mieux comprendre le dynamisme des éruptions.
Grand vulgarisateur, Haroun Tazieff comprend très tôt l'importance de l'image pour sensibiliser le public. À travers ses films documentaires comme "Le Volcan interdit" ou ses nombreux ouvrages, il fait entrer le spectacle grandiose des coulées de lave dans les foyers. Son style direct, parfois bourru mais toujours passionné, fait de lui une figure incontournable du paysage médiatique français, transformant une discipline scientifique complexe en une épopée humaine accessible à tous.
Au-delà de l'exploration pure, il s'investit massivement dans la prévention des risques naturels. Sa conviction est que la science doit servir à protéger les populations vivant à l'ombre des volcans. Ce combat le mène parfois à des affrontements célèbres avec d'autres experts, notamment lors de l'éruption de la Soufrière en Guadeloupe en 1976. Il y prône avec force l'absence de danger immédiat de nuée ardente, s'opposant aux évacuations massives qu'il juge injustifiées, illustrant son caractère entier et ses certitudes fondées sur l'observation.
Son expertise le conduit également sur le terrain politique, où il occupe le poste de Secrétaire d'État chargé de la prévention des risques technologiques et naturels majeurs entre 1984 et 1986. Dans ce rôle, il tente d'insuffler une conscience écologique et sécuritaire au sein de l'appareil d'État. Pour lui, la nature n'est pas une ennemie, mais une force dont il faut apprendre les codes pour mieux cohabiter avec elle, une vision qui reste d'une grande actualité.
L'infatigable "Garazi" (son surnom) continue de voyager et de transmettre son savoir jusqu'à la fin de sa vie, malgré la maladie. Il s'éteint le 2 février 1998 à Paris, laissant derrière lui un héritage scientifique immense et une méthode d'observation in situ qui fait toujours école aujourd'hui. Sa disparition marque la fin d'une époque, celle des grands explorateurs-savants qui savaient marier l'exigence académique au souffle de l'aventure.
Haroun Tazieff est inhumé au cimetière de Passy, à Paris, dans la 15ème division. Sa sépulture, d'une grande sobriété, se situe dans ce lieu prestigieux où reposent de nombreuses personnalités, offrant un dernier ancrage parisien à cet homme dont l'esprit a parcouru les cratères les plus reculés de la planète.