John Sidney Blyth, mondialement connu sous le nom de John Barrymore, naît le 15 février 1882 à Philadelphie. Issu d'une véritable dynastie théâtrale, il est le fils de Maurice Barrymore et Georgiana Drew, et le frère cadet des célèbres Lionel et Ethel Barrymore. Bien que le sang des planches coule dans ses veines, le jeune John se destine initialement à une carrière d'illustrateur, cherchant à fuir l'ombre imposante de son héritage familial avant de succomber finalement à l'appel de la scène.
Ses débuts au théâtre révèlent rapidement un talent hors du commun, porté par un profil si régulier qu'il lui vaut le surnom de « Le Profil ». Il s'impose comme l'un des plus grands acteurs de sa génération, notamment grâce à son interprétation de Hamlet en 1922, d'abord à New York puis à Londres. Sa performance est alors saluée par la critique comme l'une des plus habitées et modernes de l'époque, consolidant son statut de légende vivante du théâtre classique.
Le passage au cinéma muet ne fait qu'accroître sa notoriété internationale. Il crève l'écran dans des productions d'envergure telles que Dr. Jekyll and Mr. Hyde en 1920, où sa transformation physique sans recours excessif au maquillage impressionne les foules. À cette époque, John Barrymore incarne l'élégance et le romantisme hollywoodien, devenant l'une des têtes d'affiche les plus rentables et respectées des studios naissants.
L'arrivée du cinéma parlant, qui sonne le glas de nombreuses carrières, ne semble pas l'affecter au départ. Sa voix riche et sa diction parfaite de tragédien lui permettent de briller dans des chefs-d'œuvre comme Grand Hotel en 1932 ou Dinner at Eight l'année suivante. Il y partage l'affiche avec les plus grandes stars, dont son frère Lionel, prouvant que son charisme reste intact malgré les changements techniques de l'industrie.
Cependant, la vie privée de l'acteur est marquée par des excès qui commencent à entamer sa santé et sa mémoire. Marié à quatre reprises, notamment avec l'actrice Dolores Costello, il mène un train de vie fastueux mais autodestructeur. Son alcoolisme chronique devient notoire sur les plateaux de tournage, rendant la mémorisation de ses textes de plus en plus difficile et l'obligeant parfois à utiliser des cartons aide-mémoire dissimulés dans le décor.
Dans les dernières années de sa vie, Barrymore devient presque une caricature de lui-même, acceptant des rôles qui parodient son déclin et son image de vieux lion déchu. Malgré cette fin de carrière amère, il conserve une aura de tragédien magnifique, suscitant autant la pitié que l'admiration pour le génie qu'il fut. Son influence sur le jeu d'acteur moderne, privilégiant l'intériorité et le naturel, reste fondamentale pour les générations suivantes.
Le « Grand Profil » s'éteint finalement le 29 mai 1942 à Los Angeles, à l'âge de 60 ans, succombant à une cirrhose et à une insuffisance rénale. Sa disparition marque la fin d'une ère pour Hollywood et le théâtre américain, laissant derrière lui une lignée qui se perpétuera, notamment à travers sa petite-fille, l'actrice Drew Barrymore. Même dans la mort, il demeure une figure de proue de l'âge d'or du cinéma.
John Barrymore repose aujourd'hui au Calvary Cemetery à Los Angeles, en Californie. Initialement placé dans un mausolée, son corps a été transféré plus tard dans le caveau familial des Drew-Barrymore. Ce lieu de mémoire reste un point de passage pour les cinéphiles souhaitant rendre hommage à l'homme qui a redéfini l'art de l'interprétation au XXe siècle.