Félix Lévitan, de son véritable nom complet Félix-Pierre Lévitan, est né le 12 octobre 1911 à Paris. Issu d'un milieu modeste, il se passionne très tôt pour le journalisme, une vocation qui le guidera tout au long de sa vie. Dès l'âge de 17 ans, il intègre le milieu de la presse sportive, débutant une carrière qui allait faire de lui l'une des figures les plus puissantes et influentes du sport mondial au XXe siècle. Sa plume acérée et son sens de l'organisation le distinguent rapidement de ses pairs.
Après la Seconde Guerre mondiale, il rejoint le quotidien L'Équipe, où il gravit les échelons avec une détermination remarquable. Il devient le chef du service cyclisme, un poste stratégique dans un journal dont l'histoire est intimement liée à la bicyclette. Son autorité naturelle et sa vision rigoureuse lui permettent d'imposer son style, mêlant une exigence professionnelle absolue à une volonté de fer pour moderniser la couverture des grands événements sportifs.
En 1962, il accède à la codirection du Tour de France aux côtés de Jacques Goddet. Si Goddet représentait l'esprit lyrique et historique de la Grande Boucle, Félix Lévitan en était le gestionnaire implacable et le bâtisseur financier. Pendant vingt-cinq ans, il a transformé l'épreuve en une véritable machine médiatique et économique, veillant sur chaque détail logistique avec une attention presque militaire, conformément à sa réputation d'homme de dossier rigoureux et intransigeant.
On lui doit notamment l'internationalisation du Tour de France. Félix Lévitan a compris avant tout le monde l'importance d'ouvrir la course à de nouveaux marchés, notamment en encourageant la participation de coureurs américains comme Greg LeMond. Sous son ère, le Tour a cessé d'être une simple épreuve européenne pour devenir un événement planétaire, diffusé dans le monde entier et attirant des sponsors de plus en plus prestigieux.
En plus de ses responsabilités au sein du Tour de France, il a présidé l'Union syndicale des journalistes sportifs français (USJSF) ainsi que l'Association internationale de la presse sportive (AIPS). Ces rôles institutionnels lui ont permis de défendre les intérêts de sa profession à l'échelle mondiale, tout en consolidant son influence personnelle sur les instances dirigeantes du sport, notamment auprès des comités olympiques et des fédérations internationales.
Sa carrière au sommet s'est toutefois achevée de manière abrupte en 1987. À la suite de désaccords profonds et de complications financières liées à une tentative d'implantation d'un Tour de France aux États-Unis, il est évincé de la direction par le groupe Amaury. Ce départ forcé a marqué la fin d'une époque pour le cyclisme, laissant derrière lui un héritage complexe fait de succès éclatants et d'une gestion parfois jugée trop austère par ses détracteurs.
Félix Lévitan s'est éteint le 18 février 2007 à l'âge de 95 ans, à son domicile de Cannes. Il a consacré ses dernières années à la discrétion, loin des projecteurs de la caravane publicitaire et de l'agitation des arrivées d'étapes. Malgré la fin tourmentée de sa carrière de dirigeant, il est resté jusqu'au bout un observateur attentif de l'évolution du sport, conservant cette rigueur intellectuelle qui avait fait sa renommée pendant plus d'un demi-siècle.
Conformément à ses racines et à son attachement à la région parisienne, son corps a été transporté après son décès dans les Hauts-de-Seine. Félix-Pierre Lévitan est inhumé au cimetière ancien de Levallois-Perret. C'est dans cette commune, où il a longtemps vécu et exercé des mandats municipaux en tant qu'adjoint aux sports, qu'il repose désormais, rejoignant d'autres figures historiques du sport et de l'industrie française.