Jean-Marie-Lucien-Pierre Anouilh naît le 23 juin 1910 à Bordeaux, en Gironde. Fils d'un tailleur et d'une violoniste qui joue dans l'orchestre du casino d'Arcachon, il grandit dans un milieu modeste mais baigné de culture populaire et musicale. Très tôt, le jeune garçon se prend de passion pour le théâtre, écrivant ses premières saynètes dès l'adolescence avant de monter à Paris pour y étudier brièvement le droit, qu'il abandonne rapidement pour se consacrer pleinement à sa vocation.
Ses débuts dans la capitale sont marqués par la précarité, mais sa rencontre avec le metteur en scène Louis Jouvet, dont il devient le secrétaire au Théâtre de l'Athénée, s'avère déterminante. Bien que ses premières pièces ne rencontrent qu'un succès d'estime, il persévère et affine un style unique, mêlant la gravité du destin à une ironie mordante. C'est en 1937, avec le triomphe de Le Voyageur sans bagage, qu'il s'impose enfin comme l'un des auteurs les plus prometteurs de sa génération.
Durant l'Occupation, il signe son chef-d'œuvre absolu, Antigone, créée en 1944. Cette réécriture de la tragédie grecque de Sophocle résonne puissamment avec le contexte historique de l'époque et suscite de vifs débats, les spectateurs y voyant alternativement une apologie de la Résistance ou un éloge de l'ordre. La pièce fait le tour du monde et installe définitivement le dramaturge parmi les géants de la littérature théâtrale du XXe siècle.
Grand bâtisseur de son propre univers, il prend l'habitude de classer son œuvre immense en séries thématiques, inventant des catégories restées célèbres comme les « Pièces noires », les « Pièces roses », les « Pièces brillantes » ou les « Pièces grinçantes ». Cette classification originale reflète la dualité constante de son théâtre, où l'innocence de la jeunesse se heurte inévitablement à la corruption du monde adulte et aux compromissions de la société.
Au-delà de son travail d'auteur, il s'investit énormément dans la mise en scène de ses propres textes et dans la mise en valeur de nouveaux talents. Connu pour son tempérament exigeant et parfois misanthrope, il fuit les mondanités parisiennes, les interviews et les salons littéraires, préférant la solitude du travail de création et la compagnie de sa troupe de comédiens fidèles.
Son œuvre traverse les décennies avec une immense popularité, portée par des succès réguliers comme L'Alouette ou Becket ou l'Honneur de Dieu. Ce dernier texte lui vaut d'ailleurs une reconnaissance internationale majeure et une adaptation cinématographique hollywoodienne à succès, prouvant que son sens inné du dialogue et de la tension dramatique dépasse largement les frontières du théâtre de boulevard français.
Vers la fin de sa vie, tout en continuant à écrire pour la scène, il choisit de s'éloigner de l'agitation de la capitale française. Il passe de plus en plus de temps en Suisse, trouvant dans le calme des paysages helvétiques l'apaisement nécessaire à sa santé déclinante, sans jamais cesser de porter un regard lucide, critique et souvent désabusé sur l'évolution du monde contemporain.
L'écrivain s'éteint le 3 octobre 1987 à l'hôpital de Lausanne, en Suisse, à l'âge de 77 ans, des suites d'une crise cardiaque. Son décès suscite un hommage unanime du monde des arts et des lettres, saluant la disparition d'un artisan génial du langage. Selon ses dernières volontés, Jean Anouilh est inhumé au cimetière de Pully, une commune suisse limitrophe de Lausanne, face au lac Léman qu'il affectionnait tant.