Né le 10 octobre 1911 à Moscou sous le nom de Lev Aslanovitch Tarassov, cet illustre écrivain français d’origine russe a marqué le paysage littéraire du XXe siècle par une œuvre monumentale. Issu d'une famille de riches marchands arméniens, il est contraint de fuir la révolution bolchevique dès son plus jeune âge. Ce déracinement initial devient la pierre angulaire de sa sensibilité artistique, nourrissant une nostalgie constante pour une Russie impériale disparue qu'il ne cessera de recréer à travers ses mots.
Après un long périple à travers l’Europe, sa famille s’installe définitivement en France en 1920. Le jeune Lev s'adapte avec une rapidité déconcertante, adoptant la langue française avec une ferveur de converti. C'est durant ses études de droit et ses débuts en tant que rédacteur à la préfecture de la Seine qu'il commence à écrire ses premières fictions, choisissant alors le pseudonyme de Henri Troyat pour signer ses ouvrages.
Son ascension est fulgurante puisque, dès l’âge de vingt-quatre ans, il publie son premier roman. Trois ans plus tard, en 1938, il décroche le prestigieux prix Goncourt pour son ouvrage « L'Araigne ». Ce succès précoce confirme son talent de conteur et sa capacité à disséquer la psychologie humaine avec une précision presque clinique, tout en conservant une fluidité de lecture qui séduit un très large public.
La carrière de l’écrivain se divise alors en deux piliers majeurs : les grandes fresques romanesques et les biographies historiques. Il se spécialise dans l’évocation des destins tragiques des grands tsars et des génies de la littérature russe, tels que Pouchkine, Dostoïevski ou Tolstoï. Son style, à la fois sobre et évocateur, permet de rendre accessibles au public français les méandres de l'âme slave et les tumultes de l'histoire de son pays natal.
En 1959, la consécration ultime arrive avec son élection à l'Académie française. Il y occupe le fauteuil de Claude Farrère et devient, au fil des décennies, l'un des membres les plus assidus et respectés de l'institution. Sa productivité demeure légendaire jusqu’à la fin de sa vie, publiant presque un ouvrage par an, totalisant plus d'une centaine de titres qui mêlent fiction, histoire et souvenirs personnels.
Malgré son immense succès en France, il reste profondément attaché à ses racines, agissant comme un pont culturel entre sa patrie d'accueil et sa terre d'origine. Ses cycles romanesques, comme « La Lumière des justes », témoignent de son besoin de réconcilier ces deux mondes. Il écrit avec une discipline de fer, se levant chaque jour à l'aube pour retrouver ses personnages, loin des mondanités littéraires parisiennes.
L'écrivain s'éteint le 3 mars 2007 à Paris, laissant derrière lui une œuvre immense qui continue de figurer parmi les plus lues en France. Son décès marque la fin d'une époque, celle des grands narrateurs capables d'embrasser l'histoire sur plusieurs générations. Il reste dans les mémoires comme un travailleur acharné de la langue française, qu'il maniait avec une élégance et une clarté exemplaires.
Son corps est inhumé au cimetière du Montparnasse, à Paris. Sa sépulture se trouve précisément dans la 2ème division, où il repose désormais loin des tourmentes de Moscou, dans cette terre française qui l'avait adopté et qu'il avait tant honorée par sa plume.