Léonie Marie Julie Bathiat, plus connue sous le nom de scène Arletty, naît le 15 mai 1898 à Courbevoie. Issue d’un milieu modeste, avec un père chef de chantier aux Chemins de fer de l'Ouest et une mère lingère, elle grandit dans un environnement ouvrier qui forgera son caractère indépendant et son franc-parler légendaire. Son enfance est marquée par une certaine rigueur, mais déjà, la jeune fille manifeste une élégance naturelle et une répartie qui ne la quitteront jamais.
À la suite du décès accidentel de son père et de la fin d'une première idylle brisée par la Grande Guerre, elle commence à travailler comme dactylo avant de devenir mannequin. Sa silhouette longiligne et son visage singulier attirent l'attention des peintres et des couturiers de l'époque. C'est durant cette période qu'elle adopte le pseudonyme d'Arletty, inspiré par un personnage de roman, et commence à fréquenter les milieux artistiques parisiens où elle se fait remarquer par son humour décapant.
Ses débuts sur les planches se font dans le domaine de la revue et de l'opérette, où son accent parigot et sa gouaille font merveille. Elle ne tarde pas à séduire le public des théâtres de boulevard. Sa transition vers le cinéma s'opère au début des années 1930, mais c'est sa rencontre avec le réalisateur Marcel Carné et le poète Jacques Prévert qui va véritablement faire basculer sa carrière dans la légende du septième art.
L'actrice devient l'incarnation d'une certaine identité parisienne, à la fois populaire et sophistiquée. Elle enchaîne les chefs-d'œuvre, notamment Hôtel du Nord en 1938, où elle prononce la célèbre réplique sur son « atmosphère », ainsi que Le Jour se lève. Sa présence à l'écran est magnétique, mêlant une distance ironique à une profonde humanité, ce qui lui permet d'incarner des personnages de femmes fortes et affranchies.
Pendant l'Occupation, elle tourne ce qui est souvent considéré comme le plus grand film du cinéma français, Les Enfants du paradis, dans lequel elle interprète Garance. Cependant, sa vie privée prend un tournant polémique lorsqu'elle entame une liaison amoureuse avec un officier allemand, Hans Jürgen Soehring. Cette relation lui vaudra d'être arrêtée à la Libération et de subir une période d'ostracisme de la part du milieu cinématographique.
Interrogée sur cette liaison, elle répondra avec une franchise désarmante que son cœur est français mais que son « cul est international », une phrase restée célèbre pour son audace. Malgré les sanctions et une interdiction de travailler pendant quelques années, elle finit par revenir sur le devant de la scène. Elle retrouve le succès au théâtre et au cinéma, prouvant que son talent et son aura restaient intacts auprès d'une partie du public.
Vers la fin de sa vie, Arletty doit faire face à une épreuve difficile : la perte progressive de la vue. Devenue presque aveugle, elle se retire progressivement des plateaux mais continue d'accorder des entretiens et de prêter sa voix à des documentaires. Elle reste une figure respectée et écoutée, une sorte de mémoire vivante d'un Paris disparu, conservant jusqu'au bout son esprit vif et son élégance morale.
Elle s'éteint à Paris le 23 juillet 1992, à l'âge de 94 ans. Conformément à ses dernières volontés, elle est ramenée dans sa ville natale pour son dernier repos. Elle est inhumée au cimetière des Fauvelles, à Courbevoie, dans le caveau familial. Sa sépulture, à l'image de la femme qu'elle était, reste un lieu de passage pour ceux qui souhaitent rendre hommage à l'une des icônes les plus emblématiques de la culture française du XXe siècle.