Marie André Alerme, connu sous le nom de scène d’André Alerme, naît le 9 septembre 1877 Dieppe. Fils de pâtissier, rien ne le prédestinait initialement aux feux de la rampe, mais son tempérament jovial et sa stature imposante allaient rapidement devenir ses meilleurs atouts pour conquérir les planches et les écrans du début du XXe siècle.
Il commence sa carrière artistique par le théâtre, où il affine son jeu pendant de nombreuses années avant que le cinéma ne devienne parlant. C’est avec l’arrivée du son que son talent explose véritablement ; sa voix de baryton, à la fois autoritaire et chaleureuse, se prête à merveille aux rôles de notables, de maris trompés ou de bourgeois ventripotents, souvent dotés d'une autodérision irrésistible.
Durant les années 1930, il devient l'un des seconds rôles les plus prisés du cinéma français, tournant sous la direction de grands maîtres comme Marcel Carné ou Jacques Feyder. On se souvient notamment de sa performance mémorable dans La Kermesse héroïque en 1935, où il incarne le bourgmestre de Bergues avec une finesse qui lui permet de ne jamais tomber dans la caricature facile.
Sa filmographie est impressionnante par sa densité, comptant des dizaines de longs-métrages où il donne la réplique aux plus grandes stars de l’époque, de Françoise Rosay à Louis Jouvet. André Alerme possédait cette capacité rare d'exister pleinement à l'écran, même lors de courtes apparitions, imposant une présence physique qui remplissait le cadre et rassurait le spectateur par sa bonhomie naturelle.
Pendant l'Occupation, il continue d'exercer son métier, apparaissant dans des chefs-d'œuvre tels que Les Visiteurs du soir en 1942. Dans ce film fantastique, il campe un seigneur de la Renaissance, démontrant qu'il était tout aussi capable de porter le costume historique avec élégance que de jouer les notables de province dans des comédies plus légères.
Au-delà de son image de "bon vivant", Alerme était un travailleur acharné et un homme d'une grande culture. Son jeu était marqué par une précision technique héritée du théâtre de boulevard, ce qui lui permettait de passer du rire à une certaine forme de mélancolie en un clin d'œil, une nuance qui faisait de lui bien plus qu'un simple acteur de complément.
Il s'éteint le 31 janvier 1960 à l'âge de 82 ans, à son domicile de Montrichard. Sa disparition marque la fin d'une époque pour le cinéma d'entre-deux-guerres, emportant avec lui l'une des figures les plus familières et appréciées du public français qui voyait en lui l'incarnation d'une certaine joie de vivre nationale.
Le comédien repose désormais au Cimetière de Passy, dans le 16e arrondissement de Paris. Sa sépulture, située dans ce lieu prestigieux faisant face à la Tour Eiffel, demeure un point de passage pour les cinéphiles qui souhaitent rendre hommage à cet artisan indispensable du septième art.