Pierre-Gilles Robert Yves de Gennes naît le 24 octobre 1932 à Paris, dans le 16e arrondissement. Enfant à la curiosité précoce, il grandit dans un environnement qui favorise l'apprentissage de l'histoire et des langues, avant de se tourner vers les sciences exactes. Ses années de formation intellectuelle se déroulent en partie à domicile, sous la direction de sa mère, ce qui forge chez lui une autonomie de pensée et une approche originale des problèmes complexes qu'il conservera tout au long de sa vie.
Son parcours académique l'amène à intégrer la prestigieuse École normale supérieure, un lieu d'excellence où il côtoie les plus grands esprits scientifiques de sa génération. Il y développe une passion pour la physique théorique, tout en manifestant déjà un intérêt marqué pour les expériences concrètes et les applications pratiques. Après l'obtention de son diplôme, il commence à travailler au Commissariat à l'énergie atomique, se spécialisant notamment dans l'étude de la diffusion des neutrons et du magnétisme.
Au début des années 1960, après un séjour d'étude marquant en Californie, il fonde un groupe de recherche sur les supraconducteurs à la faculté des sciences d'Orsay. Cette période est cruciale, car elle révèle sa méthode de travail unique : une capacité exceptionnelle à simplifier les concepts théoriques les plus ardus pour les rendre compréhensibles et applicables par les expérimentateurs. Son charisme et sa vision novatrice attirent rapidement de nombreux jeunes chercheurs autour de lui.
Il oriente ensuite ses recherches vers un domaine alors considéré comme secondaire par la physique traditionnelle : les cristaux liquides. Ses travaux pionniers permettent de comprendre l'organisation et le comportement de ces matières molles, ouvrant la voie au développement des technologies d'affichage que l'on retrouve aujourd'hui dans de nombreux écrans plats. Par cette approche, il démontre que des objets du quotidien cachent des lois physiques d'une immense richesse.
Sa curiosité le pousse par la suite à explorer la physique des polymères, des interfaces et des phénomènes de mouillage. Ses contributions majeures dans ces secteurs lui valent une reconnaissance internationale absolue, culminant avec l'attribution du prix Nobel de physique en 1991. L'académie souligne alors sa capacité à découvrir que des méthodes développées pour étudier des phénomènes d'ordre dans des systèmes simples peuvent être généralisées à des formes plus complexes de la matière.
Malgré cette consécration mondiale, il reste un homme profondément attaché à la transmission des connaissances et à l'éducation. Il prend la direction de l'École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, où il bouscule les codes de l'enseignement traditionnel en encourageant l'interdisciplinarité, la créativité et le contact direct avec l'industrie. Il multiplie également les interventions dans les lycées et collèges pour partager sa passion avec la jeunesse.
Au-delà de son génie scientifique, l'homme se distingue par une culture humaniste profonde, s'intéressant passionnément à la peinture, à la littérature et à l'art en général. Il rejette le cloisonnement des disciplines et plaide sans relâche pour une science ouverte sur la société, accessible à tous et dénuée d'arrogance intellectuelle. Sa simplicité d'approche et son accessibilité marquent durablement tous ceux qui ont la chance de collaborer avec lui.
Pierre-Gilles Robert Yves de Gennes s'éteint le 18 mai 2007 à Orsay, à l'âge de 74 ans. Il laisse derrière lui un héritage scientifique immense qui continue d'inspirer des générations de chercheurs à travers le monde. Il repose désormais au cimetière de Montrouge, situé en région parisienne, un lieu de mémoire où sa sépulture rappelle le parcours de cet explorateur de la matière qui a su voir la beauté et la complexité dans les choses les plus simples de notre univers.