François-Nicolas Faber est né le 26 janvier 1887 dans la petite commune d'Aulnay-sur-Iton, en France. Bien qu'il ait passé l'intégralité de sa vie sur le sol français, il possédait officiellement la nationalité luxembourgeoise par son père, Jean-Pierre Faber. Cette dualité identitaire marquera toute sa carrière de cycliste, faisant de lui le premier étranger à remporter la plus prestigieuse des courses par étapes.
Surnommé « le Géant de Colombes » en raison de sa stature imposante et de sa force physique hors du commun, il mesurait près d'un mètre quatre-vingt-six pour plus de 90 kilos. Ce gabarit, inhabituel pour les grimpeurs de l'époque, ne l'a pourtant pas empêché de dominer les routes les plus escarpées. Sa détermination et sa puissance brute lui permettaient de creuser des écarts phénoménaux sur ses concurrents lors des étapes marathon du début du siècle.
L'année 1909 reste l'apogée de sa carrière sportive. Sous les couleurs de l'équipe Alcyon, il écrase le Tour de France en remportant cinq étapes consécutives, un record qui tient toujours aujourd'hui. Durant cette édition dantesque, marquée par une météo exécrable et des routes défoncées, sa résistance au froid et à la boue a forgé sa légende auprès d'un public admiratif de son courage et de son panache.
Au-delà de son sacre sur la Grande Boucle, son palmarès est celui d'un coureur complet et redoutable sur les classiques. Il a inscrit son nom au fronton de courses mythiques comme le Tour de Lombardie en 1908, Paris-Bruxelles en 1909, ou encore Bordeaux-Paris en 1911. En 1913, il s'adjuge également Paris-Roubaix, prouvant qu'il était capable de triompher sur les pavés les plus difficiles du nord de la France.
Cependant, la trajectoire héroïque de ce champion s'est brusquement arrêtée avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Bien que citoyen luxembourgeois et donc non mobilisable par l'armée française, il décide de s'engager par gratitude envers son pays d'adoption. Il rejoint les rangs de la Légion étrangère le 22 août 1914, intégrant le 2e régiment de marche du 1er étranger pour défendre la terre qui l'avait vu grandir.
Sa disparition survient le 9 mai 1915, lors de la bataille de l'Artois à Mont-Saint-Éloi. Les circonstances de sa mort restent empreintes d'une noblesse tragique : la légende raconte qu'il aurait été abattu par une balle allemande alors qu'il portait secours à un camarade blessé dans le « no man's land ». Une autre version, plus administrative, indique qu'il aurait été tué lors d'une offensive meurtrière dans les tranchées de la commune de Carency.
François-Nicolas Faber est officiellement mort pour la France à l'âge de 28 ans. Initialement porté disparu, son corps ne fut formellement identifié que plus tard. Aujourd'hui, sa dépouille repose à la Nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, située à Ablain-Saint-Nazaire, dans le Pas-de-Calais. Il y occupe la tombe numéro 6443 au sein du carré 32, parmi des milliers d'autres soldats tombés lors de ce conflit mondial.
Aujourd'hui, il demeure une icône du cyclisme luxembourgeois et français, symbolisant l'époque des « forçats de la route ». Son nom est gravé sur de nombreux monuments aux morts et une stèle lui rend hommage près du lieu de son décès. Son sacrifice et son talent exceptionnel continuent d'inspirer les passionnés de cyclisme, rappelant une ère où le sport et le destin national étaient intimement liés par le courage individuel.