Henry DeWitt Carey II est né le 16 janvier 1878 dans le Bronx, à New York. Fils d'un juge de la Cour suprême de New York, il grandit dans un environnement aisé qui ne laissait en rien présager sa future carrière de cavalier émérite et de figure emblématique de l'Ouest américain. Malgré des études de droit à l'Université de New York, sa passion pour l'écriture et le spectacle le pousse rapidement vers les planches de Broadway avant que le destin ne l'oriente vers le cinéma naissant.
Au début des années 1910, il rejoint les studios Biograph sous la direction de D.W. Griffith. C’est durant cette période qu’il forge son style : un jeu sobre, naturel et empreint d'une humanité profonde qui tranche avec les performances théâtrales de l'époque. Sa rencontre avec le jeune réalisateur John Ford marque un tournant décisif dans l'histoire du cinéma. Ensemble, ils tournent des dizaines de films muets, Carey incarnant souvent le personnage de "Cheyenne Harry", un hors-la-loi au grand cœur qui devient l'un des premiers héros complexes du western.
Contrairement à d'autres stars de son temps, Harry Carey réussit avec brio la transition vers le cinéma parlant. Son visage buriné par le soleil et sa voix posée lui permettent de rester une figure incontournable du grand écran. Il s'illustre notamment dans le film d'aventure Trader Horn en 1931, un tournage épique en Afrique qui renforce son image d'homme d'action authentique. Il devient alors un mentor pour toute une génération d'acteurs, dont le jeune John Wayne qui s'inspirera de sa démarche et de sa gestuelle.
En 1939, il livre l'une de ses performances les plus mémorables dans Monsieur Smith au sénat de Frank Capra. Dans le rôle du président du Sénat, il n'a que peu de répliques, mais sa présence silencieuse et ses sourires entendus face à l'obstination de James Stewart lui valent une nomination à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Cette reconnaissance tardive de l'industrie souligne l'étendue de son talent, bien au-delà des plaines poussiéreuses des films de cow-boys.
Sa vie personnelle est intimement liée à son métier puisqu'il partage son existence avec l'actrice Olive Carey. Ensemble, ils s'installent dans un ranch à Santa Clarita, en Californie, vivant une vie proche de la nature qui correspondait à ses valeurs de simplicité. Son fils, Harry Carey Jr., marchera sur ses traces et deviendra lui aussi un pilier des films de John Ford, perpétuant l'héritage familial au sein de la "compagnie théâtrale" du célèbre réalisateur.
Harry Carey s'éteint le 21 septembre 1947 à Brentwood, Los Angeles, à l'âge de 69 ans, des suites d'une thrombose coronaire compliquée par un cancer du poumon. Sa disparition touche profondément le milieu du cinéma, particulièrement John Ford qui lui dédiera son chef-d'œuvre Le Fils du désert (1948) avec une scène d'ouverture montrant la silhouette d'un cavalier solitaire sur une colline, rendant hommage à celui qu'il considérait comme la "plus brillante étoile des premiers westerns".
Ses obsèques témoignent de l'immense respect qu'il inspirait. Il est inhumé au Woodlawn Cemetery, situé dans le quartier du Bronx à New York, au sein du mausolée de la famille Carey. Ce retour vers sa terre natale boucle la boucle d'une vie qui l'aura mené de l'élite new-yorkaise aux paysages sauvages de l'Arizona et de Monument Valley, marquant à jamais l'imaginaire collectif mondial.
Aujourd'hui, Harry Carey reste une légende dont l'influence est encore palpable dans le genre du western moderne. Sa capacité à exprimer la vulnérabilité derrière la force brute a redéfini le rôle du héros américain. Son nom brille toujours sur le Hollywood Walk of Fame, rappelant aux passants qu'avant les effets spéciaux et les blockbusters, le cinéma était avant tout une affaire de présence et de caractère, deux qualités qu'il possédait au plus haut point.