Henry Marie Joseph Frédéric Expédit Millon de Montherlant est né le 20 avril 1895 à Paris. Issu d'une famille de la petite noblesse picarde, il grandit dans un environnement imprégné de valeurs aristocratiques et catholiques, bien qu'il s'éloignera plus tard de la pratique religieuse. Son enfance est marquée par une relation fusionnelle avec sa mère et par une fascination précoce pour l'Antiquité romaine, qui forgera son idéal de vie fondé sur la force et la discipline.
Ses années de formation au collège Sainte-Croix de Neuilly sont déterminantes pour son œuvre future. C'est durant cette période qu'il découvre sa passion pour le sport et la camaraderie masculine, des thèmes qui innerveront ses premiers écrits. Cependant, il est renvoyé de l'établissement en 1912, un événement traumatisant qui servira de base narrative à l'une de ses pièces de théâtre les plus célèbres, explorant les complexités des amitiés juvéniles.
Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé et blessé par des éclats d'obus. Cette expérience du front renforce son culte de l'héroïsme et du sacrifice, tout en nourrissant une certaine forme de nihilisme. À son retour, il se consacre pleinement à la littérature, publiant des ouvrages où se mêlent lyrisme et célébration du corps, notamment à travers le prisme des compétitions athlétiques et de la tauromachie, qu'il pratique avec ferveur en Espagne.
Dans l'entre-deux-guerres, il s'impose comme une figure majeure des lettres françaises avec un style tranchant et provocateur. Son cycle romanesque traitant des relations hommes-femmes suscite d'importantes polémiques par son ton jugé misogyne et son exaltation de l'indépendance masculine. Il y développe une philosophie de "l'alternance", prônant le passage d'un plaisir à l'autre sans attachement, refusant les conventions sociales du mariage et de la vie bourgeoise.
Durant l'Occupation, son attitude est ambiguë ; bien qu'il ne collabore pas activement, certains de ses essais sont perçus comme complaisants envers l'ordre nouveau. Après la Libération, il subit une période d'épuration avant de revenir sur le devant de la scène grâce au théâtre. Ses drames historiques et psychologiques rencontrent un immense succès critique, explorant les thèmes de la solitude, du pouvoir et de la déchéance des grandes âmes.
Il est élu à l'Académie française en 1960, une consécration qui ne parvient pourtant pas à apaiser son sentiment d'isolement. Homme secret et complexe, il vit entouré de ses souvenirs dans un appartement face au quai Voltaire. Ses écrits se font de plus en plus sombres, marqués par une obsession de la vieillesse et de la perte des facultés physiques, qu'il considère comme une insulte à son idéal de virilité.
Devenu presque aveugle à la suite d'un accident et refusant la déchéance physique que lui impose l'âge, il choisit de mettre fin à ses jours. Il se suicide à Paris le 21 septembre 1972 en avalant une capsule de cyanure et en se tirant une balle dans la bouche. Ce geste final est en parfaite cohérence avec son culte de la volonté et son refus de subir le destin, préférant orchestrer lui-même sa sortie de scène.
Selon ses dernières volontés, sa dépouille a été incinérée. Ses cendres ont été transportées à Rome, sa ville de cœur et son modèle spirituel. Elles ont été dispersées par son légataire universel sur le Forum, au milieu des ruines romaines, plus précisément au pied du temple de Portunus et près du Tibre. Henry de Montherlant ne possède donc pas de sépulture classique, préférant l'éternité anonyme au milieu des pierres de la cité antique qu'il a tant admirée.