Henri-Alban Fournier, connu sous le pseudonyme d'Alain-Fournier, naît le 3 octobre 1886 à La Chapelle-d'Angillon, un petit village situé dans le département du Cher. Il grandit dans un milieu modeste et rural, élevé par des parents tous deux instituteurs. Cette enfance passée au cœur du Berry et de la Sologne marque profondément sa sensibilité et nourrit abondamment son imaginaire d'écrivain.
Après ses premières années d'école dans la région, il poursuit ses études secondaires au lycée Voltaire à Paris, puis au lycée Corneille à Rouen. Destiné à préparer le concours de l'École normale supérieure, il entre au lycée Lakanal à Sceaux en 1903. C'est durant cette période lycéenne qu'il noue une amitié indéfectible avec Jacques Rivière, futur critique littéraire et directeur de La Nouvelle Revue Française, qui deviendra également son beau-frère.
Le 1er juin 1905 constitue un tournant capital dans la vie sentimentale et créative du jeune homme. En sortant du Grand Palais à Paris, il croise le regard d'Yvonne de Quiévrecourt, une jeune femme élégante dont il tombe immédiatement et éperdument amoureux. Bien que cette relation reste chaste et brève, la figure d'Yvonne devient le grand amour mythique de sa vie et inspire directement le personnage d'Yvonne de Galais.
Après avoir échoué à plusieurs reprises au concours d'entrée de l'École normale supérieure, Henri-Alban Fournier décide d'orienter sa carrière vers le journalisme et la littérature. Il effectue son service militaire de 1907 à 1909, une expérience qui lui donne de la rigueur tout en lui laissant le temps de mûrir ses projets d'écriture. De retour à la vie civile, il collabore régulièrement à des revues littéraires et devient le rédacteur de la rubrique littéraire du journal Paris-Journal.
Il entreprend alors la rédaction de son chef-d'œuvre, Le Grand Meaulnes, le seul roman qu'il aura le temps d'achever. Publié d'abord en feuilleton dans La Nouvelle Revue Française durant l'été 1913, puis en volume chez Émile-Paul Frères, l'ouvrage rencontre un immense succès critique. Le roman manque de très peu le prix Goncourt de cette même année, s'inclinant face au livre Le Peuple de la mer de Marc Elder, mais il s'impose immédiatement comme une œuvre majeure de la littérature française.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate au cours de l'été 1914, Henri-Alban Fournier est mobilisé en tant que lieutenant au sein du 288e régiment d'infanterie. Il rejoint le front dans l'est de la France, où les combats font rage dès les premières semaines du conflit. Le jeune officier fait preuve d'un grand courage sur le terrain au milieu de l'hécatombe qui frappe les troupes françaises.
Le 22 septembre 1914, lors d'un affrontement particulièrement violent dans le bois de Saint-Remy, près de Verdun, Henri-Alban Fournier disparaît au combat avec plusieurs de ses compagnons d'armes. Son corps reste introuvable pendant de très nombreuses décennies, et l'écrivain est officiellement déclaré mort pour la France à la date de sa disparition, à l'âge de seulement vingt-sept ans.
Ce n'est qu'en novembre 1991 que sa dépouille est enfin localisée et identifiée dans une fosse commune allemande dans les hauts de Meuse. Après ces recherches archéologiques, le corps d'Henri-Alban Fournier est inhumé dans la nécropole nationale de Saint-Remy-la-Calonne, située dans le département de la Meuse, où il repose désormais auprès de ses camarades de combat.