Né le 14 février 1905 au Caire, en Égypte, celui que le public connaîtra sous le pseudonyme de Réda Caire s'appelait en réalité Joseph Gandhour. Arrivé en France durant sa jeunesse, il s'établit d'abord dans le sud, à Marseille, où il commence à cultiver un goût prononcé pour la scène et la chanson de charme. Son nom de scène est un hommage direct à sa ville natale, mêlant ses racines orientales à l'élégance à la française.
Il fait ses premières armes dans les années 1930, une époque où l'opérette et la chanson mélodique règnent en maîtres sur les ondes. Avec son physique de jeune premier et sa voix de ténor léger, il devient rapidement l'une des idoles de la jeunesse de l'entre-deux-guerres. Il se distingue par un style soigné, une diction parfaite et un charisme qui lui permet de conquérir les plus grandes salles de l'époque, notamment l'Alcazar de Marseille et les music-halls parisiens.
Le succès devient national grâce à des titres restés dans les mémoires comme Les Beaux Dimanches de printemps ou encore Ma banlieue. Réda Caire incarne alors une certaine insouciance française, celle des premiers congés payés et des guinguettes. Son répertoire, oscillant entre romantisme et joie de vivre, lui permet de traverser les frontières et de devenir une vedette dans toute l'Europe francophone ainsi qu'en Afrique du Nord.
Durant la Seconde Guerre mondiale, il continue de se produire, mais sa carrière subit les turbulences de l'époque. Soupçonné d'être juif par les autorités d'occupation en raison de ses origines égyptiennes et de son patronyme, il doit fournir des preuves de son ascendance pour continuer à exercer son métier. Malgré ces épreuves, il reste fidèle à son public et parvient à maintenir une popularité solide durant ces années sombres.
Après la Libération, le paysage musical commence à changer avec l'arrivée de nouveaux rythmes et de styles plus modernes. Bien que la vague des "crooners" et du jazz commence à prendre le dessus, Réda Caire ne renonce pas. Il s'adapte en se tournant davantage vers l'opérette, participant à de grandes productions qui rencontrent un franc succès en province. Il reste un pilier de la tradition française, refusant de céder totalement aux modes éphémères.
Installé à Saint-Zacharie, dans le Var, il y mène une vie paisible loin du tumulte parisien dès que ses engagements le lui permettent. Il est très attaché à cette région qui lui rappelle la lumière de son enfance et où il bénéficie d'une grande estime de la part des habitants. Sa générosité et sa simplicité marquent ceux qui le côtoient en dehors des projecteurs, loin de l'image parfois superficielle des stars de l'époque.
Réda Caire s'éteint le 9 septembre 1963 à Clermont-Ferrand, à l'âge de 58 ans, foudroyé par une crise cardiaque alors qu'il était en pleine tournée. Sa disparition précoce laisse un vide dans le monde du music-hall, marquant la fin d'une époque pour la chanson de charme. Il est resté, pour beaucoup, le symbole d'une France élégante et mélodique qui s'effaçait peu à peu devant les yéyés.
Conformément à ses souhaits et à son attachement pour le sud de la France, il est inhumé au cimetière de Saint-Zacharie, dans le département du Var. Sa sépulture est encore aujourd'hui un lieu de souvenir pour les nostalgiques de cette période dorée de la chanson française. Il repose ainsi dans cette terre provençale qu'il aimait tant, laissant derrière lui une discographie riche de plusieurs centaines d'enregistrements.