Berty Albrecht, de son vrai nom Berthe-Pauline-Mariette Wild, naît le 15 février 1893 à Marseille au sein d'une famille de la bourgeoisie protestante d'origine suisse. Après des études à Marseille puis à Lausanne, elle obtient son diplôme d'infirmière et s'engage pleinement dans le travail social après la Première Guerre mondiale. Son mariage avec le banquier néerlandais Frédéric Albrecht l'amène à vivre à Londres puis à Munich, des séjours à l'étranger qui affinent sa vision du monde et aiguisent sa conscience politique.
De retour en France au début des années 1930, elle se sépare de son époux et s'installe à Paris avec ses deux enfants. Sensibilisée à la condition des femmes et aux injustices sociales, elle devient une militante féministe active, s'engageant pour le droit de vote des femmes et pour la contraception. Elle crée la revue Le Problème sexuel et se consacre à l'aide des réfugiés fuyant le nazisme, pressentant très tôt le danger mortel du régime hitlérien.
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale et la débâcle de 1940, elle refuse catégoriquement la défaite et le régime de Vichy. Installée à Lyon, elle commence à organiser des actions de résistance isolées. C'est à cette période qu'elle s'associe étroitement avec Henri Frenay, un officier partageant ses convictions. Ensemble, ils jettent les bases d'un réseau clandestin qui deviendra l'un des mouvements les plus puissants de la Résistance intérieure française : le mouvement Combat.
Au sein de cette organisation, elle déploie une énergie considérable et un sens aigu de l'organisation. Elle s'occupe de la fabrication et de la diffusion des journaux clandestins, mais elle prend surtout en charge le service social du mouvement, venant en aide aux familles des militants arrêtés. Son appartement lyonnais devient une plaque tournante de la clandestinité, un lieu de passage et de réunion pour les cadres de la Résistance.
Son activisme intense attire rapidement l'attention des autorités de Vichy et des forces d'occupation allemandes. Arrêtée une première fois par la police française en 1942, elle entame une grève de la faim pour être transférée dans un hôpital psychiatrique, une ruse qui permet à ses compagnons de Combat de monter une opération audacieuse pour la faire évader. Refusant de se mettre à l'abri, elle replonge immédiatement dans l'action clandestine sous une fausse identité.
Le destin la rattrape le 28 mai 1943 à Mâcon, où elle est prise dans un piège tendu par la Gestapo. Transférée à l'hôtel Terminus de Lyon, elle subit des interrogatoires brutaux menés par les services de Klaus Barbie. Malgré la violence des tortures, elle garde un silence héroïque pour protéger ses réseaux et ses camarades. Elle est ensuite transférée à la prison de Fresnes, dans la région parisienne, pour y subir de nouveaux interrogatoires.
C'est dans sa cellule de la prison de Fresnes que son calvaire prend fin le 31 mai 1943. Les circonstances exactes de sa mort demeurent tragiques : elle choisit de se donner la mort par pendaison pour être certaine de ne pas parler sous la torture, à l'âge de 50 ans. Son corps est d'abord enterré anonymement dans le potager de la prison par les autorités allemandes qui tentent de faire disparaître sa trace.
Après la Libération, son sacrifice est reconnu à sa juste valeur et elle est élevée au rang de Compagnon de la Libération, l'une des six seules femmes à recevoir cet honneur. Son corps est exhumé de Fresnes et transféré temporairement au cimetière de Marly-le-Roi. Le 11 novembre 1945, sa dépouille est solennellement transférée au mémorial de la France combattante au mont Valérien, situé à Suresnes, où elle repose désormais dans la crypte aux côtés de quinze autres héros de la Nation.